TSIRANANA Philibert

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      Philibert TSIRANANA : Premier président de la République                  de l’île de Madagascar

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

pdt-tsiranana.jpgPhilibert TSIRANANA, le père de l'indépendance malgache, est le premier président de la République du 1er mai 1959 au 11 octobre 1972.

Il est élu le 1er mai 1959 (par le Parlement). Son  successeur est le Général Gabriel Ramanantsoa

1- La prédiction du vieil oncle

0-zamanisambo.jpgZAMANISAMBO

    Au cœur du pays tsimihety, au Nord de la Grande île, quand la nuit tombe, c'est I'heure de déposer l' angady au coin du feu, au retour des rizières où les gestes du passé ont rempli les heures du travail de la terre, mêlant la sueur des hommes à l'eau brune des cultures vivrières. C'est aussi, dans les modestes habitations, le moment où les marmites sont mises sur les hommes dans la case du chef, tandis que les femmes seront regroupées en un autre lieu suffisamment vaste. Chaque groupe mangera alors en puisant directement la nourriture dans un même plat.

    Dans la petite bourgade d'Ambarikorana, tout près du village d'Anahidrano, MADIOMANANA et Fisadoha TSIRANANA, paysans et éleveurs de bœufs, ne seront pas séparés en ce mardi 18 octobre 1910, car ils ne pourront participer au repas de la tribu: leur fils Philibert vient au monde!

zaza.jpg    Cet enfant est né, selon sa biographie officielle, le 18 octobre 1912 à Ambarikorano dans le district de Mandritsara, bien qu’en fait sa naissance remonte à 1910, lorsque le soir descend, au moment où tout se rassemble dans le village, les hommes et les bêtes. De même les gens se rassembleront autour de lui et le suivront. Il deviendra le chef d’une très grande famille prédira un oncle habitant non loin de là. Dans les monts environnants les cases éparses des familles, l’enfant aura souvent, pour premiers compagnons, les boeuf d’un père travailleur, soucieux d’accroître honnêtement son troupeau…et de ne pas se faire voler de bêtes par d’intrépides « dahalo » venus d’ailleurs ou parfois même des proches voisinages.

sud-483.jpg         Il connaîtra ainsi, très vite, la joie simple de vivre dans la nature, surveillant avec patience et amour son troupeau.

         Au fil des ans, le petit bouvier tsimihety apprendra la vie, écoutera son père, « un sage qui continuait à vivre comme au temps où il était pauvre ».

         Au décès du chef de famille, Philibert, alors âgé de onze ans, cessera son activité de berger. Il ne succédera donc pas au maître de troupeau. Un autre destin l’attend.

         « Je n’ai aucun héritage à te donner que l’instruction, mais avec cet héritage-là tu pourras aller très loin », lui dit son frère aîné ZAMANISAMBO, auquel il venait d’être confié, et qui l’envoya donc avec ses propres enfants, suivre des études primaires à l’école d’Anjiamangirana, distant de vingt-cinq kilomètres.

         Eveillé, curieux même, l’enfant apprendra avec avidité durant sa scolarité. Il a donc su, tôt, au contact des autres, puis à l’école du village, que la Grande Île était devenue en possession française en 1896 lorsque ses parents étaient encore de jeunes adolescents.

0-analalav.jpg         Admis au concours d’entrée à l’école régionale d’Analalava en 1926, il poursuivit le chemin de la connaissance avec le même sérieux. Entré à la huitième place sur vingt-cinq, il s’imposa rapidement à la tête de la classe et fut donc, naturellement, appelé en 1930, à suivre les cours de la « Section Normale », de l’école d’instituteur « «Le Myre de Vilers » de Tananarive, pépinière de futures cadres de la société malgache. Major de sa promotion, Philibert TSIRANANA obtint le diplôme officiel  d’instituteur à l’âge de vingt-deux ans.

         Pendant dix ans, il enseignera alors dans sa région natale puis s’orientera, en 1942, vers le professorat, en suivant un cours de perfectionnement à Tananarive. En 1945, Philibert TSIRANANA passe avec succès le concours du cadres des Professeurs Assistants et retrouve l’Ecole Normale Le Myre de Vilers.

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Son diplôme d’instituteur lui vaut le poste d’Antsirabe, la petite bourgade de la sous-prefecture de Mandritsara.

1-tsiranana.jpgC’est dans ce village qu’il épousa  le 20 janvier 1933 une jeune Tsimihety de 15 ans, Justine KALOTODY, selon le rite traditionnel des Tsimihety,  avec qui il a huit-enfants: Julienne TSIRANANA,  Honorine TSIRANANA, Paul TSIRANANA, Ruffine TSIRANANA, actuellement désignée ministre de la décentralisation et Pierre TSIRANANA, membre du Parlement de Transition.

Il aura aussi, durant ces mêmes années, fondé une famille en épousant, le 20 janvier 1933, Justine KALOTODY, jeune Tsimihety de quinze an et ancienne écolière d’Antsirabe Nord, petit village de la Sous-préfecture de Mandritsara, qui descendait du premier traducteur de l’Evangile en tsimihety.

2-tsiranana.jpg. Huit enfants naîtront de leurs unions: Julienne TSIRANANA, Honorine TSIRANANA, Paul TSIRANANA, Ruffine TSIRANANA, Pierre TSIRANANA.

En 1930, il entre à l'école formatrice des futurs cadres de la société malgache, « Le Myre de Villers » de Tananarive, où il suit les cours de la « section normale ». Sorti major avec un diplôme d’instituteur, il débute une carrière d’enseignement dans sa région natale, puis s’oriente en 1942 vers le professorat et obtient en 1945, grâce à des cours de perfectionnement à Tananarive, le concours de professeur-assistant (équivalent d'un poste de professeur d’école régionale).

En 1946, il obtient une bourse d’étude pour l’École normale d'instituteurs à Montpellier pour y effectuer un stage professionnel en tant que professeur-assistant.

Le séjour dans la métropole

tsiranana8.jpgCe voyage dans la France d’après-guerre en pleine reconstruction, sujette aux aléas politiques de la IVe République, lui permet d’échapper à l’insurrection malgache de 1947 et à toute compromission dans ces événements sanglants. Ému par cette tragédie, Tsiranana qui pourtant n'est pas partisan de l'indépendance, participe le 21 février 1949 à une manifestation anti-coloniale à Montpellier.

Durant son séjour, il prend conscience du problème du recrutement des élites malgaches. Il constate que sur les 198 étudiants malgaches en France, seuls 17 sont côtiers. Or dans son esprit, il ne peut y avoir d'union franche entre tous les Malgaches s'il demeure entre la côte et les Hauts Plateaux, un écart culturel. Afin de remédier à ce problème, il fonde successivement deux amicales : l'Association des étudiants malgaches côtiers (AEMC) en août 1949, puis l'Association culturelle des intellectuels malgaches côtiers (ACIMCO) en septembre 1951 à Madagascar. Ces créations, mal vécues par les Merina, lui sont reprochées par ces derniers[3].

De retour sur la Grande île en 1950, il est nommé professeur de l’enseignement technique à l’École industrielle de Tananarive située sur les Hauts Plateaux. Il y enseigne le français et les mathématiques. Mal à l’aise dans cet établissement, il est affecté à l’école « Le Myre de Villiers » où ses compétences sont plus appréciées.

Du communisme au PADESM

padesm-2.jpgEn 1943, Philibert TSIRANANA adhère au Syndicat professionnel des instituteurs puis en 1944, à la CGT. La vie politique, alors renaissante à Madagascar, intéresse beaucoup le jeune enseignant qui, poussé par son mentor Paul RALAIVOAVY, adhère en janvier 1946 aux Groupes d’études communistes (GEC) de Madagascar[3]. Il y assure les fonctions de trésorier. Les GEC lui permettent de rencontrer les futurs cadres du PADESM (Parti des déshérités de Madagascar), parti dont il est un des membres fondateurs en juin 1946.

Le PADESM est une organisation politique regroupant les Mainty et les Tanindrana (ou « côtiers »), contre les Merina. Le différend tribal, déjà ancien, avait été ravivé à la suite des élections législatives qui venaient de se tenir. Les côtiers avaient tenté un rapprochement avec le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), dirigé par les Merina, afin qu’un des deux sièges de député attribués aux autochtones de Madagascar leur soit attribué. Les Merina devaient remporter la circonscription de l'est avec Joseph RAVOAHANGY tandis que la circonscription de l'ouest revenait aux côtiers avec Paul RALAIVOAVY. L’accord ne fut pas respecté et finalement le Merina Joseph RASETA remporta le second siège. Les côtiers tentèrent encore une fois un accord pour les législatives de juin 1946, mais en vain. Le PADESM, dans son programme, s'oppose donc avant tout aux revendications nationalistes du MDRM, avec pour but principal de contrer tout éventuel retour de « pouvoir Merina ». À ce sujet en 1968, TSIRANANA justifie sa position sur l’indépendance par ces propos :

« si on l’avait demandée dès 1946, c’était à coup sûr la guerre civile car les côtiers n’étaient pas d’accord. Étant donné leur niveau intellectuel à l’époque, ils seraient restés de petits chefs de villages, des subordonnés, des subjugués, pour ne pas dire des esclaves, tant le fossé entre gens des côtes et gens des hauts-plateaux était énorme »

En juillet 1946, du fait de son proche départ pour l’École normale de Montpellier, il refuse le poste de secrétaire général du parti. Toutefois, activement, il contribue au journal du PADESM, Voromahery où il signe ses articles sous le pseudonyme de Tsimihety, par référence à son ethnie d'origine.

L'accession à l'indépendance de Madagascar a été un modèle du genre et on le doit largement à l'habileté de Philibert Tsiranana qui a su profiter de la loi Defferre, inventée à l'origine pour faciliter la décentralisation dans les colonies, mais très vite mise à profit pour créer une autonomie qui allait déboucher sur la souveraineté. La révolte de 1947, réprimée durement par De Chévigné, avait plongé le pays dans un état de torpeur politique dont Madagascar semblait ne pouvoir se remettre. Les premiers députés malgaches élus avaient «porté le chapeau» de la responsabilité de l'insurrection et leurs successeurs apparaissaient fort peu crédibles pour élaborer la réconciliation. Plus que jamais le fossé semblait profond entre les «côtiers» qui, à l'Est du pays, avaient supporté les aléas de la lutte armée et ceux des hauts plateaux qui
étaient soupçonnés de l'avoir fomentée dans le cadre des sociétés secrètes manipulées par le MDRM (Mouvement Démocratique de Rénovation Malgache). Tsiranana devenu parlementaire de la République française adopta le parti courageux de s'entendre avec les Merina et les Betsileo des Hautes Terres et d'obtenir les nécessaires concessions de la France. Pour cela il
fallut gommer l'aspect ethnique du PADESM (parti des Déshérités de Madagascar) où l'on avait associé les côtiers francophiles avec les «nouveaux hova» que Gallieni avait délivrés de leur ancienne servitude sans toutefois les pourvoir en terres à cultiver. Au PADESM Tsiranana substitua graduellement le Parti Social Démocrate qu'il mit sur pied avec ses amis socialistes de la SFIO française. Les gens de la côte et des Hautes Terres qui craignaient une dérive socialiste
se regroupèrent autour de Norbert Zafimahova, proche du MRP centriste de France, mais l'abandonnèrent au profit du PSD dès que Tsiranana eut pris le dessus, avec l'aide du gouverneur général Soucadaux. Les anciens députés MDRM furent ramenés d'exil Les trois années qui précédèrent l'indépendance furent placées sous le signe d'une saine démocratie mais, peu à peu, la montée en puissance du PSD poussa certains membres et affiliés à des comportements dominateurs et c1ientélistes auxquels seuls échappèrent les opposants du Parti du Congrès de l'Indépendance (AKFM) à Tananarive et à Diego Suarez.

L'indépendance, version Tsiranana, permit le transfert harmonieux des compétences, une transition que certains historiens dénoncèrent injustement en parlant d'état néo-colonial. Certes des administrateurs français restèrent auprès du président pour l'aider à gérer un pays, mais cette situation impliquant le passage coopératif du témoin impérial à l'ancien colonisé devenu souverain a été fréquemment la règle, et, lorsque cette procédure a été oubliée comme elle le fut au Congo belge, l'inexpérience et la corruption ont vite fait place aux structures organisées de l'ordre colonial. Alors qu'il venait de surmonter les tribulations d'une maladie
cardiovasculaire et s'apprêtait à passer les rênes du pouvoir, le président Tsiranana fut persuadé par quelques thuriféraires hauts placés de rester en fonction. TIne put désormais arbitrer la rivalité entre ses dauphins: Jacques Rabemananjara, le ministre des affaires étrangères, et André Resampa, le ministre de l'intérieur, énergique organisateur qui avait contribué à la dérive du PSD vers le parti unique. Un complot imaginaire envoya Resampa vers le bagne bien réel de l'Ile Sainte Marie. Le pays avec un chef affaibli et un pilote dans la geôle du navire ne put faire face aux contestations, dont la plus redoutable, celle des étudiants, abattit le régime en 1972. On était désormais parti pour trente ans de mauvaise gouvemance durant laquelle nord coréens et cubains surgis d'autres azimuts vinrent
contribuer à l'endettement du pays qui, à partir de 1977, devint colossal, générant ainsi inflation, pauvreté et corruption. Devant un tel désastre le peuple qui a survécu plutôt mal que bien, se mit à regretter Papa Tsiranana, qui vivait au milieu de son peuple simplement, veillait lui-même qu'aux fêtes ses milliers d'invités aient leur part de poulet et se passait de gardes du corps, puisqu'il n'avait jamais eu de sang sur les mains. Il recevait sans protocole ceux qui venaient le visiter au
petit déjeuner et les écoutait amicalement en buvant avec eux un grand bol de café au lait dans lequel, ignorant superbement son diabète, il mettait sept
morceaux de sucre. A cet homme généreux, je rends un hommage filial, et nous saurons gré à André Saura d'avoir établi une si utile documentation qui rétablit une vérité dont nul vazaha ou malagasy de bonne foi ne saurait disconvenir.
Pierre Vérin
Professeur émérite des Universités

Politique extérieur et duiplomatie :

Le 24 juillet 1959, le général de Gaulle nomme quatre responsables politiques africains, parmi lesquels Philibert Tsiranana, au poste de « ministres-conseillers » du gouvernement français pour les affaires intéressant la Communauté. Le président malgache, par ses nouvelles fonctions, en profite pour évoquer l’accès à la souveraineté nationale de Madagascar ; le Général accepte.

 

 

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