Conquête française

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgMadagascar une colonie

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr)

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Lorsque, en l’année 1669, Louis XIV eut résolu d’envoyer dans les mers de l’Inde une flotte considérable pour montrer dans ces parages le pavillon fleurdelysé, convaincre les Hollandais de mensonge à l’égard des indigènes et donner une haute idée de la puissance du roi de France, M. de la Haye, désigné pour diriger cette escadre, – l’escadre de Perse, comme on l’appelait alors, – reçut de Colbert des instructions très précises et très détaillées, lui indiquant l’itinéraire à suivre, les endroits où il devait s’arrêter, et les points sur lesquels le ministre demandait des informations, des éclaircissements à l’amiral chargé de guider la flotte dans les mers orientales, au « Gouverneur et Lieutenant général pour le Roy en l’isle Dauphine et dans toutes les Indes ».

Le premier point de grande importance sur lequel Colbert demandait à M. de la Haye de le renseigner avec exactitude et précision, c’était Madagascar. Non content de lui prescrire de s’y faire reconnaître « en sa qualité de lieutenant général de Sa Majesté dans ladite isle », de s’y faire rendre compte de tout et d’y donner ses ordres « sur tout ce qu’il estimera devoir estre observé pour le bien, l’avantage et la conservation de cette colonie », le ministre traçait à l’envoyé du roi un véritable programme d’études sur Madagascar. M. de la Haye, en effet, était invité, – et ce devait même être son « application principale » – après avoir bien reconnu « toutes les causes de la misère que les Français qui y ont passé ont soufferte », à « y apporter les remèdes les plus convenables, les exciter fortement au travail et à la culture des terres », enfin à maintenir l’union entre les colons et à les entretenir dans le maniement des armes. – Il devait, d’autre part, voir ce qu’il convient de faire « a l’esgard des naturels du pays, qui sont divisés en une infinité de petits commandans particuliers de chacune nation différente », pour « prendre toujours des avantages pour la subsistance et l’augmentation de la colonie, et cependant travailler à la culture de la terre, à augmenter et fortifier les habitans, chercher les moyens d’y avoir des femmes pour y establir des familles ». – En dernier lieu, M. de la Haye devait agir de manière à permettre à Louis XIV d’exécuter facilement un peu plus tard les projets qu’il avait formés pour l’avenir. « Pour parvenir à ces fins, ajoutait Colbert (8), il est certainement nécessaire que M. de la Haye reconnoisse exactement les lieux où la colonie a été établie, qu’il en voye les rades, les entrées, les sorties, les lieux où les vaisseaux peuvent demeurer ; qu’il s’informe soigneusement de tous les autres endroits de l’isle où ces commodités se pourront trouver plus grandes, qu’il donne ordre de les faire reconnoistre avec soin, qu’il observe de mesme le dedans de ladite isle, la qualité de la terre, des eaux, des rivières, pour observer tous les avantages que l’on peut tirer des establissemens déjà faits, et pour bien connoistre ceux que l’on pourra faire plus avantageusement, au cas que la colonie s’augmente en nombre d’hommes. »

L'établissement des Français
En 1642, Jacques Pronis débarque dans la baie de Manafiafy. Voyant les fièvres emporter ses hommes, il décide de transférer la colonie à la pointe Tolagnaro, où le fort Dauphin est érigé en 1643.

Le lent déclin des installations françaises
En 1648, Etienne de Flacourt remplace Pronis à la tête de l’établissement. Arrivé en compagnie de deux lazaristes, il repartira en 1655, après avoir conçu un plan d’occupation de Madagascar mais sans avoir pu mener à bien sa mission commerciale. Fort-Dauphin périclite peu à peu et, en 1674, les derniers colons gagnent l’île Bourbon (la Réunion).
Voulant faire de Madagascar une base de ravitaillement de leurs colonies Mascareignes (la Réunion , Maurice et Rodrigue), les Français tentent de se rétablir en 1768-1771 à Fort-Dauphin avec Moclave, puis en 1774-1786 dans la baie d’Antongil avec Benyowsky mais sans succès.

Le legs de Flacourt
Si le séjour des Français est un fiasco commercial, il en restera quelques ouvrages fondamentaux dont l’Histoire de la Grande Isle Madagascar, le Dictionnaire et le Catéchisme, tous trois signés de Flacourt. L’auteur consacre de belles pages illustrées à l’histoire et aux coutumes malgaches. Il dresse aussi quelques plans et constitue un herbier, conservé en partie au Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

On comprendra sans peine que Colbert précisât ainsi ses instructions, en songeant au désaccord existant entre ceux qu’il avait pu précédemment consulter au sujet de Madagascar. On lui avait d’abord représenté la grande île de l’Océan Indien exactement comme Flacourt l’avait dépeinte dans son célèbre ouvrage, c’est-à-dire comme une terre riche, saine, propice à l’établissement des Européens, et M. de V… la lui avait aussi représentée telle à son retour ; par contre M. de Montdevergue n’avait cessé, depuis son arrivée à Fort-Dauphin (1667), de la lui décrire tout autrement, et les directeurs de la Compagnie des Indes embarqués avec lui avaient au moins une tendance marquée à incliner dans le même sens. Qui, des admirateurs enthousiastes ou des détracteurs de Madagascar, disait la vérité ? Fallait-il, d’autre part, établir à Fort-Dauphin ou à la baie de Saint-Augustin le « poste qui pourra servir d’entrepôt aux vaisseaux venant des Indes » ?  C’est en partie pour savoir exactement à quoi s’en tenir sur ces différents points que M. de la Haye reçut de Colbert l’ordre de s’arrêter à Fort-Dauphin.

Malheureusement, on ne lui laissa guère le temps de faire une enquête un peu sérieuse. « Comme tout ce qui est à faire dans ladite isle n’est pas encore la principale fin de son envoy, Sa Majesté, disait Colbert à M. de la Haye (12), ne veut pas qu’il employe plus d’un mois à six semaines de temps à y donner [à Madagascar] tous les ordres nécessaires… Elle desire qu’il remonte aussytost sur ses vaisseaux. » Six semaines pour répondre au questionnaire de Colbert, c’était bien peu, même avec la collaboration des vieux colons de Madagascar et de M. de Champmargou en particulier (13) ! M. de la Haye y séjourna huit mois et demi au cours de l’année 1670-1671, desquels il faut défalquer une visite de plus de deux mois à l’île Bourbon (14).

Arrivé à Fort-Dauphin le 23 novembre 1670, il quitta l’île le 11 août 1671, après y avoir commis plus d’une faute (15), en emportant une impression défavorable qui devait lui faire apprécier d’autant plus l’île Bourbon. Cette impression défavorable se manifeste dans le Journal du Voyage des Grandes Indes rédigé par un de ses compagnons, qui ne cesse, dans sa description de Madagascar (16), de critiquer les affirmations de Flacourt ; elle se manifeste aussi dans un petit mémoire inédit de M. de la Haye, relatif à Madagascar, que conservent les Archives coloniales.

Ce mémoire, déjà signalé par M. Guët il y a quelques années, ne porte pas d’indication de lieu ; mais il est facile par sa date – 1er août 1771 – de se rendre compte de l’endroit où il fut écrit. Il l’a été au Fort Dauphin, à la fin du second séjour de l’escadre française dans le Sud de Madagascar, au moment par conséquent où M. de la Haye ne s’occupait plus – quoi que semble dire la fin de ce document lui-même – de recueillir des renseignements nouveaux sur l’île Dauphine. Voici le texte de ce mémoire.

Isle Dauphine

« Le Pays d’Annossy près le fort Dauphin, Amboulle et autres lieux circonvoisins, en l’isle Dauphine, est fertille, et la terre apporte naturellement sans estre cultivée des fruicts, des herbes et des racinnes dont les noirs se nourrissent et leurs bestiaux. Ils sont sy paresseux qu’ils aiment mieux endurer souvent la faim que de travailler, et les moins paresseux plantent du ris dans des lieux humides après avoir passé leurs vaches dedans par plusieurs fois, sans autres labeurs. La terre produit aisement. Il y a quelquefois des années de sauterelles qui consomment et mangent toutes les herbes jusques a la racinne (24 bis) ; et s’il n’y a des provisions et magazins, les habitans souffrent beaucoup. Sy ce pays estoit habité par [des] gens laborieux et qui peussent résister à l’air, il seroit très bon.

« L’air y est sy infect les mois de decembre, janvier, fevrier et mars qu’il y a peu de gens qui s’exempte de maladie[s] fortes, dont l’on a très grande peine a revenir ; plusieurs en meurent, mesme beaucoup de noirs, et cela tous les ans, ce qui fait que la terre n’est pas peuplée comme elle le devroit estre, et est difficile à entretenir de Francois. Les noirs y sont assez adroits et fins ; point de seureté ; dez qu’ils sont bien, ils deviennent infidelz, traittres et cruelz, et n’ont point de foy entre eux. Aussy ne se fient-ils pas les uns aux autres ; peu de chose les espouvantent et [ils] ne se rasseurent que très difficillement. Ils quittent assez facillement leurs terres et cabannes pour estre bandis dans les montagnes ou ils s’assemblent, et de la viennent piller et brusler les villages et fermes escartez ; et s’ils en peuvent surprendre, ils tuent et pillent tout, puis s’escartent et sont difficile[s] à joindre. Sy l’on pouvoit y establir un bon nombre de Francois soldats et des laboureurs, l’on en feroit un bon pays (25) ; mais il faudrait tous les ans y en envoyer pour remplacer les morts. Ce pays n’est pas malaisé à soumettre.

« Le port est bon dans le beau temps ; les seulz mois de decembre, janvier, fevrier et mars sont très dangereux ; des tempestes et ouragans font souvent courre risque aux vaisseaux d’aller à la coste, ou il n’y a pas de salut ; il y faut périr. L’on est toujours amaré a quatre cables, et il s’y perd grande quantité d’anchres et force cables rompus ; c’est un assez meschant port (26).

« Je tiens que tout cela se pourroit surmonter, a la reserve des maladies qui consomment tous les ans beaucoup de monde.

 

« Bourbon (27) est très sain, très fertille (28), et nous avons peu d’aussy bonnes terres en France. Tout y vient de bouture, et les oyzeaux y sont aussy privez que nos domestiques en France (29) ; abondance des cochons, cabrilz, thaureaux et vaches sauvages. J’y en ay fait porter quarente deux de privées, Monsieur Regnault (30) y en a laissé vingt : j’espère que cela peuplera dans peu (30 bis).

« Presque toutes les rades autour de l’isle sont bonnes, particulièrement celle de Sainct Denis au Nord ; l’on en peut a toutte heure sortir et se mettre en mer, quelque temps et quelque vent qu’il fasse (31). Les trois mois de janvier, février, mars y sont dangereux pour l’ouragan ou tempeste qui arrive en ce temps ; les autres neuf mois y sont exempt[s] de dangers.

« Je ne puis concevoir pourquoy l’on fait une faute que tout le monde sçait ; les routiers, les livres, tous les navigateurs le disent, l’on le sçait en France, et pour l’esviter il faut partir de nos costes au commencement de fevrier (32). Sy l’on est encore au quinze mars en France, il faut y rester et retarder absolument le voyage sans vouloir aucunnement l’entreprendre. Il est plus à propos d’attendre dans nos ports les saisons ; il s’y fait moins de despence, l’on y est plus en seureté qu’icy ou tout se mine et consomme devant le temps ou l’on en a besoin, et cela infailliblement pour une flotte. Un fort bon vaisseau seul peut quelquefois surmonter ces difficultez, mais c’est un hazard qu’il ne faut a mon sens tanter que dans une necessité, et pour esviter la perte d’une flotte entière.

« L’on pourroit a Bourbon faire de bons magazins (33), y mettre des hommes et s’y fortiffier ; tout y peupleroit, et y arrivant dans les saisons, l’on en pourroit tirer tous les advantages sans exception que l’on trouveroit en France. Les grains, les chanvres, les vivres, le fer, tout cela s’y trouveroit, la rade bonne neuf mois, et la santé. Du reste, pas de port (34), mais Saincte Marie et Antongil, ou l’on peut arriver en six ou huict jours au plus tard, sont de bons ports près Bourbon.

 

« Saincte Marie est une isle ou il pleut souvent, malsaine (35) ; la rade y est très bonne, et un petit port ou l’on est en seureté de touts vents et orages, le seul lieu commode a donner carenne (36). Il s’y pesche quelque coquillage (37) et des pierres peu précieuses. Il suffiroit d’y entretenir huict hommes dans une bonne redoubte (38).

 

« La baye d’Antongil est un poste un peu plus sain, une grande baye large d’entrée de sept à huict lieues ou environ, et de quatorze de profondeur, au fonds de laquelle il y a un petit islet assez fertille et qui met a couvert les navires de tous vents (39). Il seroit bon de la bien fortiffier, faire une redoute ou un fort a la grande terre au sud ouest de l’islet pour y conserver des magazins (40) et mieux gouverner les noirs qui sont bonnes gens, ayant du ris et des poulles en abondance (41). Il les faut traitter doucement. Nos Francois sont difficile a reigler a la conduite qu’il faut tenir avec les etrangers ; c’est ce qui me fait le plus de paine.

« Sy ces deux postes de Saincte Marie et d’Antongil principallement estoient bien fortiffiez, et peu de gens a cause de malladies, et les relever souvent de Bourbon où l’on ne sçauroit mettre trop de monde, ce seroit une pépinière ou les hommes se conserveroient pour de la fournir les lieux qui en auroient absolument besoin, et bon pour y restablir nos mallades de toutes les Indes (42). Cela empescheroit la consommation d’hommes qui se fait partout ailleurs, et l’on en tireroit des vains (sic), grains et vivres avec peu de labeur ; la rade [est] bonne neuf mois. Pour moy, je trouve ce poste le plus advantageux que l’on puisse choisir, bien qu’il n’y aye pas de port, pourveu que l’on s’establisse à Antongil, où les navires qui viendront de France en temps facheux que l’on ne pourroit rester a la rade en passant a veue de Bourbon (qu’il faut toujours qu’ils viennent reconnoistre, quand mesme [ils] seroi[en]t pour le Fort Dauphin) advertiront le commandant des choses dont ils auroient besoin et qu’il leur feroit porter par la barque ou vaisseau qu’ils luy envoyroient.

« De la feront leur route à Antongil ; le ris et les poulles y sont en abondance, et seurs, et faciles a avoir, la terre et pasturages bons, en conservant la bonne correspondance avec les noirs. Le voyage d’Antongil [est] plus facile que le Fort Dauphin, la baye bonne, le passage par la pointe du nord facille pour les Indes, et tout m’y paroist bon et aisé a establir et conserver.

 

« Ces trois postes – Bourbon, peuplé de soldats et d’habitans, Saincte Marie et Antongil – establis, je tiendrois tres advantageux, partant de nos costes, d’aller aux isles du Cap Vert (Sainct Yaque est fort bon), ou a quelque isle voisinne ; mesme l’on pourroit se servir de Tenerif ou la Grande Canarie. De là, faire sa routte au trente quatre ou trente cinq degrez sud (par les points marquez sur la carte (43), ils sont bons) jusques a ce que l’on eust trouvé les vents d’Ouest frais ; il est sur de le[s] trouver toutes les fois que l’on s’esleve assez au Sud. De ce parage cingler en droiture à Bourbon (43 bis), y laisser ses mallades et rester à la rade au temps qu’elle est bonne, s’y fournir de rafraischissements et d’hommes, en prenant d’autres a la place des mallades que l’on y laisseroit ; sy les magazins de ris n’estoient pas encore bien establis, passer à veuë de Saincte Marie, y laisser les vaisseaux qui auront besoin de carenne ou retirer ceux que l’on y aurait envoyé à l’advence carenner, puis aller au port d’Antongil, soit pour y passer la mauvaise saison ou pour y attendre les vaisseaux à qui on auroit donné rendez-vous (43 ter). La baye y est grande et seurs (sic), les pasturages bons, la terre grasse et fertile, tant de ris qu’ils ne sçavent qu’en faire (44), des poulles en abondance ; ils ont peu de vaches présentement à cause des guerres qu’ils ont eues, mais [il est] bien plus facille à les peupler de son voisinage, ou il y en a, que le Fort Dauphin, qui est plus esloignez des grands qui en ont (44 bis). Le passage aux Indes [est] facilles par la pointe du Nord de l’isle Dauphine (45). Après avoir reconnu la coste de l’Ouest et autres lieux (46) et en avoir entretenu à Suratte Monsieur Caron (46 bis), je manderay nos sentiments et résolutions (46 ter).

« Le per aoust 1671.

« De la Haye » (47).

 

Tel est le mémoire rédigé par le « lieutenant-général pour le Roy en l’isle Dauphine » ; il n’est pas indigne d’être connu de ceux qui s’intéressent au passé de Madagascar. Tel qu’il est, avec ses hésitations, ses restrictions, ses opinions plutôt défavorables, il n’aurait pu que mal impressionner Colbert, et le disposer à l’abandon de Madagascar, si ce n’eût été déjà, au moment même où le composait M. de la Haye, chose décidée dans l’esprit du ministre, et même chose officielle. Un mémoire du 30 décembre 1670 pour la Compagnie des Indes orientales porte en effet que les directeurs de la Compagnie dans les Indes devront « examiner s’il y a encore quelques ordres à donner pour retrancher toutes les dépenses de l’isle Dauphine et l’abandonner entièrement à ses habitans » (48). À la réception du mémoire de M. de la Haye, Colbert ne dut pas regretter d’avoir donné cet ordre et d’avoir renoncé à coloniser une terre qui, depuis le moment où il avait commencé à s’en occuper, ne lui avait procuré que des difficultés et des déceptions.

Henri Froidevaux,

Docteur ès-lettres.

La France s’était intéressée à Madagascar depuis la politique coloniale de Colbert au XVIIe siècle, laquelle fut à l’origine de la Compagnie des Indes Orientales. Madagascar se trouvait dans la sphère des activités commerciale de cette Compagnie. C’est dans ces conditions que Fort-Dauphin fut construit en 1642. Pronis étendit en 1646 le commerce de Fort-Dauphin à la côte Betsimisaraka où l’influence française s’affirma de plus en plus pendant toute le XVIIIe siècle.

armee-coloniale-richelieu.jpgArmand Jean du PLESSIS, cardinal-duc de RICHELIEU et de Fronsac, est un ecclésiastique et homme d'État français, pair de France et le principal ministre du Roi LOUIS XIII. Né à Paris le 9 septembre 1585, il meurt dans cette même ville le 4 décembre 1642 à l'âge de 57 ans.

Depuis RICHELIEU, la France pensait pouvoir accéder à la possession de Madagascar en encourageant, par de multiples édits, l’installation des colons. En 1641, la société de l’Orient  dont le premier objectif était d’occuper Madagascar, fut fondée par RICHELIEU.

 

armee-coloniale-louis-xiii.jpgLOUIS XIII est né le 27 septembre 1601 à Fontainebleau et mort à Saint- Germain-en-Laye le 14 mai 1643, roi de France de 1610 à 1643, il est le fils d’HENRI IV et de Marie de MEDICIS.

Le 24 juin 1642, RIGAULT reçut les lettres patentes de LOUIS XIII déclarant la souveraineté de la France sur la Grande île africaine. En 1643,le français Jacques de PRONIS qui abordait le Sud Est de Madagascar, baptisât l’endroit Fort Dauphin en hommage à l’héritier du couronne de France LOUIS XIV. En 1664, COLBERT organisa la Compagnie des Indes Orientale et le 1er juillet 1665 Madagascar reçut le nom d’Ile du Dauphin. BONAPARTE également intéressé, donnait l’ordre au général DECAEN de prendre des mesures pour l’organisation des possession de Madagascar. Sylvain ROUX y fut envoyé et s’installa à Tamatave. Les Anglais avaient tenté également de s’implanter autour de l’île ; ils y subirent de graves échecs à Nossi-Bé en 1644_45 et dans le Nord du Pays. Après avoir pris  l’île Bourbon et l’île de France, les Anglais devenaient maître de Tamatave, en 1811, par suite d’une capitulation conclue entre Sylvain ROUX et le commandant d’une division britannique. La traité de 1814 cédait l’île Maurice à l’Angleterre. Mais le résident  anglais de l’île Maurice, Sir FARQUHAR considérait les Etablissements de Madagascar comme dépendance de cette île, il soutint avec véhémence que le même traité avait transféré à Angleterre toutes les colonies françaises de Madagascar.

En 1642, le Cardinal de RICHELIEU fonde la Société de l’Orient. Il ordonne la prise de position officielle de l’île Saint Laurent, Madagascar au nom de Sa Majesté Louis XIV. *(En 1643, le français Jacques de PRONIS qui abordait le Sud-Est de Madagascar, baptisât l’endroit Fort-Dauphin, en hommage à l’héritier du couronne de France, LOUIS XIV.)* Alors, plusieurs gouverneurs se succèdent : Le Chevalier de FLACOURT remplace Le Rochelais PRONIS brutal et autoritaire.

La conquête française

armee-coloniale-felix-faure.jpgFélix Faure est né le 30 janvier 1841 à Paris dans une famille d'artisans.
Après avoir commencé sa vie professionnelle comme ouvrier, il la poursuivit dans le commerce. Il commence sa carrière politique en 1881 année où il est élu député. Régulièrement réélu il occupe par la suite plusieurs postes ministériels. Il est élu Président de la République le 17 janvier 1895 avec les voix des républicains modérés et des monarchistes.

Il participe à l'expansion coloniale, notamment avec la conquête de Madagascar. Mais les relations avec le Royaume-Uni seront tendues avec la crise de Fachoda.

 

armee-coloniale-jules-ferry-1.jpgJules Ferry, né le 5 avril 1832 à Saint-Dié (Vosges) et mort le 17 mars 1893 à Paris, est un homme politique français. Le 28 juillet 1885, Jules Ferry fait son retour à la tribune de l’Assemblée Nationale. Il était président du conseil et ministre des Affaires étrangères. Il va donner un discours sur la colonisation (l'Assemblée débattant initialement du financement de l'envoi de troupes à Madagascar), un long discours de 3 heures 30, si long qu'aucun orateur ne pourra prendre la parole après lui ce jour-ci. Le sujet est brulant, et beaucoup d'agitations ponctueront le discours. "On nous a reproché une politique d'aventures" dit-il, "il est des aventures, messieurs, qui sont nécessaires aux intérêts, à l'honneur, à la bonne renommée d'un pays." Il explique que la France s'est bien portée des colonisations précédentes, faites un peu par hasard. D'où la nécessité d'avoir sur les mers des rades d'approvisionnement, des abris, des ports de défense et de ravitaillement. (Applaudissements au centre et à gauche - Interruptions diverses.) Et c'est pour cela qu'il nous faut Madagascar, et que nous sommes à Diego-Suarès et à Vohémar, et que nous ne les quitterons jamais !... (Applaudissements sur un grand nombre de bancs.) 

C'était d'abord une guerre. Une guerre décidée par l'Assemblée Nationale française. Une guerre d'un pays souverain contre un autre pays souverain.  

Le 200e régiment d’infanterie et le 40e bataillon de chasseurs à pied, créés spécialement pour la guerre de Madagascar, sont constitués par un tirage au sort opéré dans les 9e, 29e, 31e, 34e, 48e, 65e, 74e, 125e, 138e, 139e et 143e régiments de ligne et les 11e, 12e, 14e et 22e chasseurs : chaque régiment fournissant une compagnie. La compagnie désignée reste constituée avec ses officiers et ses cadres. On procède seulement à l’élimination des soldats trop jeunes ou trop faibles pour supporter les fatigues du voyage.

armee-coloniale-metzinger-1.jpgLéon Frédéric Hubert METZINGZER, né à Dijon le 9/12/1842. Général de brigade en 1891, il commande la subdivision d’Oran, et est nommé comme commandant la brigade métropolitaine pour l’expédition de Madagascar (28/3/92 à 29/1/96). Le Shamrock arrive à Majunga, débarquant le géné­ral Metzinger et 1.050 soldats appartenant aux régiments d’Afrique. Le général METZINGER arriva à Mojanga le 28 février 1895 à la tête d'une brigade formée de troupes d'Algérie; de concert avec la division navale, placée sous les ordres du capitaine de vaisseau BIENAIME. Bombardement de Majunga. – Ce bombardement ne dure qu’un quart d’heure. Il a pour résultat de faire évacuer par les Malgaches toutes les cases qu’ils occupaient et le rova (pr. rouve) où s’abritait la garnison hova. Descente des troupes françaises à Majunga. – Ces troupes comprennent deux compagnies d’infanterie de marine de 200 hommes chacune et 100 artilleurs. Le Général METZINGER enleva Marovoay et la ligne d'Amparilava. La brigade METZINGER continua sa marche en avant et occupa Majunga, puis Ambato; elle put franchir le Kamoro et marcha vers Amparihibe.

armee-coloniale-duchesne-1.jpgJacques Charles René Achille DUCHESNE, né à Sens le 3/3/1837. Divisionnaire en 1893. Il commande la 16e DI, puis la division de Belfort. Le 6/5/95 il prend la tête de l'expédition de Madagascar et s'empare de Tananarive. Retourne en France en janvier 96 pour prendre la tête du 5e CA, puis du 7e (1900). Membre du CSG de 1899 à 1907. GC LH 1901. Le Général DUCHESNE, commandant en chef du corps expéditionnaire, débarqua, le 6 mai, à Majunga où il établit son quartier général. Il Partit de Majunga le 29 mai, se dirigeant vers Suberbieville où il comptait établir son camp. Pour en assurer le ravitaillement, le service du génie construit un pont à Ampakakely, sur le Betsiboka. La première brigade occupa Maevatanana et Suberbieville le 9 juin. Ainsi se trouva terminée la première partie de la campagne à Madagascar. - 30 septembre1895 :les troupes françaises sous le commandement du Général DUCHESNE , après avoir conquis Majunga, défièrent les troupes de RAINIANJALAHY à Andriba et entrèrent  à Tananarive. La conquête fut terminée. Madagascar était entièrement aux mains de la France.

armee-coloniale-gillon-1.jpgMarie Edaourd Contant GILLON, né à Paris le 1/8/1839. Colonel en 1891, il prend la tête du 49e RI. Lors de la mise en place du corps expéditionnaire de Madagascar, il est placé à la tête du régiment métropolitain (200e RI). Il meurt de maladie dans la grande île le 13/6/1895.   " A Madagascar, vous aurez à vous défendre contre trois ennemis bien plus redoutables que les Hovas : le soleil, les fièvres et la dysenterie. Contre ces trois ennemis vous avez le casque, l'eau bouillie et la ceinture de flanelle. Vous ne devez jamais sortir sans casque, car même sous un soleil nuageux, le soleil est mortel. Dans les haltes, ne vous couchez jamais sur la terre, qui est plus chaude que l'air et vous empoisonnerait par ses miasmes. Bornez vous pour vous reposer à vous asseoir sur vos sacs. Vous ne sortirez jamais à jeun et ne boirez que de l'eau bouillie avec du thé ou du café. Pour éviter les conséquences du refroidissement du ventre, et conséquemment la dysenterie, vous ne quitterez point votre ceinture de flanelle. Voilà ce qu'il faut faire.
Ce qu'il ne faut pas faire, sous aucun pretexte, c'est boire de l'alcool et manger des fruits qui, même s'ils ressemblent aux notres, renferment de violents poisons.
En suivant ces recommandations vous reviendrez en France pour la récompense de vos victoires"

armee-coloniale-lentonnet-1.jpgJean Louis LENTONNET, né le 4/10/1840 à Paris. Chef de bataillon le 27/10/88, il est major du 3e zouaves. Off LH 11/7/91, 3e Cl du Nicham Iftikar. Le 9/4/92, il passe au 1er régiment de tirailleurs algériens. Le 15/3/95, il est nommé à la tête du 2e bataillon du régiment algérien mis sur pied pour l’expédition de Madagascar. Il effectue la campagne et y est cité « pour l’intelligence avec laquelle il a défendu à Tsaratasoa le poste qui lui était confié).

 

 

armee-coloniale-bizot-1.jpgBrice Adrien BIZOT né en 1848 à Bitche. Lieutenant Colonel. Il est nommé Off LH en dec 1894. Il est affecté au 72e RI. Le 15/3/95, il est nommé au 200e RI, régiment métropolitain formé pour l’expédition de Madagascar. Il part en campagne du 18/4/95 au 22/12/95. Il y reçoit la médaille de Madagascar, la croix de commandeur du Dragon d’Annam et l’étoile d’Anjouan.

 

 

armee-coloniale-francelieu-1.jpgPASQUIER DE FRANCLIEU, né le 1/1/1847 à El Biar (Algérie). Chef de bataillon en 1886, officier de la LH en 1891, il part en 1895 pour Madagascar à la tête d'un bataillon du 200e RI, le seul qui fera toute la campagne et entrera à Tananarive.

 

 

 

armee-coloniale-voyron-1.jpgEmile Jean François Régis VOYRON, né le 5/8/1838 à Dieulefit (Ardèche). Il reçoit les étoiles de général de brigade le 17 juin 1891. Il part pour Madagascar en 1895, commander la 2eme brigade du Corps expéditionnaire. la 2ème brigade commandée par le général Voyron se lance le 21 août 1895 à l' assaut de cette forteresse si bien défendue par les troupes malgaches. Après plus de trois heures d'échanges de canonnades, l' artillerie française a raison de son adversaire. Le lendemain, sans le moindre coup de feu, la vallée d' Andriba tombe entre les mains du corps expéditionnaire. Le 1er octobre 1895, le drapeau français flotte sur la résidence générale. La Reine Ranavalona III ratifie le soir même le traité du protectorat. Le nouveau Résident Général Laroche dispose pour défendre les clauses du traité de Protectorat, d’une force militaire commandée par le Général Voyron désignée sous le terme de "Brigade d’occupation."

armee-coloniale-pierre-bienaime-1.jpgAmédée Pierre Léonard BIENAIME est né à Paris le 26 février 1843. Capitaine de vaisseau en juin 1887, membre de la Commission du règlement d'armement, il commande l'année suivante le Duguesclin en Méditerranée et au Levant, puis la Manche en mission en Islande, au Spitzberg et en Norvège pour la protection des pêcheurs français. Les résultats scientifiques de ce voyage sont publiés en 1894 sous le titre Voyages de la Manche à l'île Jan Mayen et au Spitzberg. Sous-chef d'état-major à Toulon en 1894, il commande ensuite le croiseur Primauguet et la Division de l'océan Indien, participe activement aux opérations de Madagascar.

 

armee-coloniale-ruffey-1.jpgPierre Xavier Emmanuel RUFFEY, né le 19/3/1851 à Dijon. Chef d'escadron en 1891. Chev LH 1893. En 1893, il rejoint le 1er RA, puis en 1895 commande le groupe de batteries montées à Madagascar. Prefesseur adjoint de tactique d'artillerie à l'ESG en 1896.

 

 

 

armee-coloniale-debeylie-1.jpgLéon Marie Eugène De BEYLIE, né le 26/11/49 à Strasbourg. Lieutenant Colonel le 29/9/1891, il est placé à la tête d'une des quatre territoires militaires au Tonkin. Nommé officier de la Légion d'Honneur le 11/7/1892. En 1894, il est envoyé en mission sercrete à Madagascar pour effectuer une levée topographique de la route liant Majung à Tananarive, route que suivra le corps expéditionnaire. Il effectue cette mission déguisé en naturaliste. En décembre 1894, il est nommé chef des services de renseignements du corps expéditionnaire français à Madagascar

 

 

armee-coloniale-le-myre-de-viliers.jpg14 Octobre 1894: Le gouvernement français envoie M. Le Myre de Vilers une troisième fois pour une ultime tentative auprès de Rainilaiarivony afin qu'il accepte le protectorat. Quelques hauts dignitaires malgaches, dont Rasanjy et Marc Rabibisoa proches collaborateurs du Premier Ministre, n'hésitent pas à faire savoir au Résident français qu'ils sont disposés à servir la France .
17 Octobre 1894: Le Myre de Vilers soumet à la reine un projet de Traité en cinq points, et lui donne jusqu'au 26 Octobre pour ratifier sa proposition:
Article 1: Le gouvernement de la Reine de Madagascar s'interdit d'entretenir aucune relation avec les gouvernements étrangers sans passer par la Résidence Générale de France à Madagascar.
Article 2: Toute concession faite par le gouvernement de la Reine à des français ou à des étrangers devra être approuvée par le Résident.
Article 3: Le gouvernement de la République aura le droit d'entretenir à Madagascar les forces qu'il jugera nécessaires pour la sécurité de ses nationaux et des résidents étrangers.
Article 4: Le gouvernement français pourra entreprendre des travaux d'utilité publique et percevoir les taxes qui en seraient la conséquence.
Article 5: En cas de difficultés, le texte français fera seul loi. 

armee-coloniale-rainilaiarivony.jpgRAINILAIARIVONY (1828 1896) : Officier de Palais, 16 honneurs, premier ministre de 1864 à 1895, Epoux politique des 3 dernières Reines successives, Rasoherina, Ranavalona II et Ranavalona III.
Le 24 Octobre, Rainilaiarivony lui soumet un contre-projet comportant douze articles. Le lendemain 25, le Résident envoie une lettre au P.M. confirmant son ultimatum. Rainilaiarivony envoie en réponse le 26 Octobre un refus déguisé de reprendre la discussion sur la base des propositions françaises. 


 

ranavalona-iii.jpgLa reine RANAVALOMANJAKA III adresse au gouverneur de Tamatave, aux gouverneurs de province et au peuple malgache les deux proclamations suivantes :

PREMIÈRE PROCLAMATION :  À Rainandriamanpandry, gouverneur de Tamatave, Ramanuel et Rasitoka, à tous les officiers et juges.

Ainsi parle Ranavalona, reine de Madagascar.

Voici ce que je vous dis : "Le peuple est bien décidé à ne pas céder à la France une parcelle de notre territoire et cela sous aucun prétexte. Le peuple se battra jusqu’à ce que Madagascar ne contienne plus un seul soldat français ; il se battra l’hiver, il se battra l’automne, il se battra l’été. Vous savez que pendant l’été, les soldats qui viennent à Tananarive prennent la fièvre. Faites tout votre possible pour attirer à vous les gens de la côte ; nous les lancerons contre les Français pendant la mauvaise saison. Si vous harcelez les Français pendant l’été, ils prendront la fièvre et on pourra les battre très facilement. Vous connaissez la ruse des blancs ; faites en sorte que notre peuple ne se rapproche point d’eux, car, si les gens de la côte et les Mozambiques fai­saient cause commune avec les Français, nous serions bien embarrassés. Il ne faut pas qu’ils puissent se procurer des vivres chez nous ; tâchez de les retenir dans un cercle très resserré pour que le peuple ne puisse pas venir en nombre chez eux. Faites tout votre possible pour amener mon peuple à haïr ces Français qui nous ont déclaré la guerre".

DEUXIÈME PROCLAMATION : Ainsi parle Ranavalona, reine de Madagascar : Voici ce que je vous dis : "Les Français veulent s’emparer de ce pays ; déjà, en 1883, il nous ont attaqués ; nous les avons repoussés ; maintenant la guerre est déclarée. Voici mes ins­tructions : 1° Personne ne pourra embarquer de provisions alimentaires ou ne pourra embarquer rien de ce qui est vivant, de peur que ces choses soient vendues aux Français. Si quelqu’un contreve­nait à cet ordre ou faisait passer par terre ces objets pour les faire parvenir aux Français, les provisions en question seront confisquées ; 2° Le traité conclu avec les Français n’existe plus, car les Fran­çais nous ont déclaré la guerre ; 3° Si un navire de commerce français ou un boutre de cette nation faisait naufrage sur le territoire de votre gouvernement, vous considéreriez ce bâtiment comme vous appartenant ; cepen­dant les personnes seront logées dans deux ou trois maisons, suivant le nombre ; vous ne les tuerez point : momentanément vous les nourrirez et me préviendrez immédiatement ; 4° Si vous avez suffisamment d’argent, vous achèterez de la poudre et enseignerez le tir aux soldats et aux canonniers ; 5° Vous aurez soin de ne pas maltraiter les gens de la côte, qui sont dans votre gouvernement, afin qu’ils fassent cause com­mune avec nous et qu’ils combattent les Français, lorsque ces derniers viendront nous attaquer ; 6° Pendant la guerre avec les Français, vous prélèverez avec ménagement l’impôt en nature ; il faut avant tout aplanir les dif­ficultés actuelles ; 7° Entretenez-vous souvent et causez de mon gouvernement avec les princes sakalaves et autres chefs de la côte ; 8° Allégez la corvée des gens de la côte ; 9° Personne, absolument personne, ne devra pressurer les habitants de la côte : si quelqu’un contrevenait à cet ordre, vous le garrotteriez et me préviendriez de suite ; 10° Si un navire de guerre français venait à faire naufrage à la côte, sur le territoire de votre gouvernement, considérez que toutes les personnes qui sont naufragées sont des ennemis. Le navire et les personnes sont des prises ; 11° Si quelqu’un, si un étranger venait vous dire : les Français ne viendront pas se battre ici, ne croyez pas cela et soyez tou­jours prêts ; 12° Faites en sorte de ne pas être espionnés. Si vous prenez un espion, vous le garrotterez ; 13° Vous protégerez les biens et les personnes des sujets des nations qui vivent en bonne intelligence avec nous ; car ce sont les Français seuls qui nous font la guerre ; 14° Vous placerez vos provisions de riz dans divers endroits. Si les Français venaient à vous attaquer et que vous ne puissiez les repousser, avant de vous en aller, vous brûlerez le village, ainsi que le riz que vous n’aurez pas pu emporter ; 15° Si les Français vous attaquent et que vous les repoussiez, ou s’ils débarquaient et construisaient un fort, ne vous en allez pas loin, tirez sur eux, harcelez-les, attaquez-les pendant la nuit si vous le pouvez. Vous savez que les étrangers qui viennent à Madagascar prennent les fièvres et sont facilement battus, quand ils sont fatigués par des combats continuels. Faites que nos popu­lations ne se rapprochent point des Français ; 16° Quant à vous, chefs, bourgeois et soldats, vous pouvez acheter de la poudre et des fusils pour vous protéger, pour pro­téger vos femmes, vos enfants, et pour défendre ce pays et ce gouvernement.

J’ai dit".


Alors que certains Européens se disent menacés par l'insécurité, la France décide de lancer en 1895 un corps expéditionnaire jusqu'à Tananarive. Cette campagne débouche sur le traité du 1er octobre 1895 qui confirme le "protectorat" de la France, qui est reconnu par la Grande-Bretagne en 1890 mais est rejeté par les Malgaches.

 

La monarchie n'est pas encore supprimée, mais le traité lui enlève tout pouvoir au profit du Résident Général. La loi du 6 août 1896 stipule : "Est déclarée colonie française l'île de Madagascar avec les îles qui en dépendent". La royauté est abolie le 28 février 1897.

Les troupes françaises occupent le centre du pays. En janvier 1896, la France fait signer à la reine Ranalavano III,  la cession de Madagascar. Des révoltes éclatent dans l'île. Les insurgés infligent de lourdes pertes à l'armée française. Le général Joseph-Simon GALLIENI débarque en août 1896 et conduit la «pacification» de l'île (100  000 morts). Il fait office de gouverneur jusqu'en 1905. Le 28 février 1897,  la reine est arrêtée, exilée à l'île de La Réunion puis en Algérie. Le lendemain de son départ, la monarchie merina est abolie par le pouvoir colonial.

6 août 1896 : Madagascar est déclarée unilatéralement par l'Assemblée nationale «colonie française avec les îles en dépendant». 

Joseph-Simon GALLIENI : maréchal de France

Sorti de Saint-Cyr dans l'infanterie de marine en 1870, il fait ses premières armes dans la défense de Bazeilles. Capitaine en 1878, envoyé sur les bords du Niger en 1879, il négocie avec Ahmadou, sultan de Ségou, un traité accordant à la France, à l'exclusion des autres nations, le commerce du haut Niger (1881). Il exerce au Sénégal, comme lieutenant-colonel, les fonctions de commandant supérieur, et sert, comme colonel, au Tonkin (1893-1895). Après avoir détruit et chassé de ce pays les pirates chinois qui l'infestaient, il consolide la présence française par une administration vigoureuse, active et bienveillante. Il choisit comme collaborateur le commandant Lyautey et sait éveiller en lui la vocation du colonisateur et le génie de l'organisateur. Gouverneur général de Madagascar de 1896 à 1905, il rétablit l'ordre dans cette nouvelle conquête de la France, dépose la reine Ranavalo et travaille à mettre la grande île en pleine valeur. Rentré en France, il commande successivement les 13e et 14e corps d'armée, puis, en 1908, devient membre du Conseil supérieur de la guerre. Atteint par la limite d'âge en 1913, il est, après la déclaration de guerre, nommé gouverneur militaire de Paris, le 26 août 1914. Il s'efforce de mettre le camp retranché en état de défense, et apporte au général en chef des forces françaises une collaboration active, dont l'heureux résultat est marqué par la bataille de l'Ourcq, engagée par la VIe armée française (Maunoury) sur le flanc de l'armée de von Kluck : c'est le début de la bataille de la Marne. Ministre de la Guerre d'octobre 1915 à mars 1916, il veut faciliter la tâche de Joffre, mais la maladie l'oblige à résilier ses fonctions deux mois avant sa mort. Maréchal de France à titre posthume le 7 mai 1921, sa statue est élevée, en 1925, sur l'esplanade des Invalides.

Dans ses ouvrages : Mission d'exploration du Haut-Niger (1885), Deux Campagnes au Soudan (1890), Trois Colonnes au Tonkin (1899), la Pacification de Madagascar (1899), Madagascar de 1896 à 1905 (1905), Gallieni expose les principes de son administration et les résultats obtenus. Ses succès constants dans la pacification de territoires extrêmement différents tiennent à ses qualités de commandement, mais ils sont dus tout autant à sa « méthode de la tache d'huile », qui consiste à associer étroitement l'action politique à l'action militaire, à fonder l'autorité du colonisateur sur les bienfaits qu'il apporte aux peuples colonisés, et à obtenir l'adhésion intime de ceux-ci. Ses enfants ont publié, en 1926, les Mémoires du maréchal Gallieni, Défense de Paris, et, en 1928, ses Lettres de Madagascar (1896-1905).

Gouverneur Général de Madagascar (1896-1905)

L'expédition de Madagascar est une intervention militaire qui a conduit à la colonisation de Madagascar par la France. Il y eut en fait deux expéditions, la première en 1881-1882 et la seconde en 1894-1895, qui aboutit à la signature d'un protectorat.

Promu général de brigade, le Général Joseph-Simon GALLIENI est envoyé en 1896 à Madagascar en tant que Gouverneur général.

gallieni-004.jpgIl arrive sur l'île le 16 septembre 1896 avec des troupes, pour rétablir l'ordre politique et militaire. À la méthode diplomatique de son prédécesseur le général M. LAROCHE, il préfère une méthode plus brutale. Il instaure le travail forcé des indigènes. La cour royale, foyer de résistance patriotique contre l'impérialisme français, est mise en interdit. Deux ministres, dont le patriotisme est avéré, sont traduits sommairement devant un tribunal, condamnés et exécutés. Le premier ministre RAINILAIARIVONY est renversé et exilé. La nouvelle reine, RANAVALONA III, plus patriote que jamais, est prise en flagrant délit de correspondance avec les opposants à l'occupation, perd son trône et prend le chemin de l'exil à Alger. En huit ans de proconsulat, GALLIENI pacifie la grande île, procédant à sa colonisation. Au total, la répression qu'il mène contre la résistance du peuple malgache à sa colonisation fera entre 100 000 et 700 000 morts pour une population de 3 millions.

Selon le général GALLIENI, l'action militaire devait être accompagnée d'une aide aux peuples colonisés dans différents domaines tels que l'administration, l'économie et l'enseignement. Elle nécessitait un contact permanent avec les habitants ainsi qu'une parfaite connaissance du pays et de ses langues. Sous l'impulsion de GALLIENI, de nombreuses infrastructures sont mises en place : chemin de fer, Institut Pasteur, écoles.

Il définit et met en œuvre à Madagascar une politique de race. En s'appuyant sur les thèses anthropologiques racialistes de l'époque, telles que celles développées par Joseph Arthur de Gobineau, après un recensement systématique de la population utilisant la photographie, il tente de découper les circonscriptions administratives en suivant cette cartographie des races.

Le général Joseph-Simon GALLIENI à Madagascar (1896-1905)

Colonisations - Répressions

La colonisation de Madagascar par la France a été entreprise par le Général Joseph-Simon GALLIENI qui a pacifié, organisé et commencé à mettre en valeur tout le pays et non plus seulement l’Imerina.

a. L'anarchie de 1896

Le Gouvernement français a cru la conquête terminée par la prise facile de Tananarive, et il a laissé seulement quelques troupes autour de la ville. Des membres du Gouvernement malgache veulent profiter de cette faiblesse et déclenchent le mouvement « Fahavalo » anti-français. Cette révolte est favorisée par les esclaves libérés par la France et dont beaucoup vagabondent sans ressources. En dehors de l’Imerina, des populations se soulèvent contre les Merina (Betsimisaraka, Sakalava). C’est l’anarchie.

b. Gallieni

Paris nomme alors gouverneur général Galliéni, célèbre par l’œuvre de pacification qu’il avait déjà menée en Afrique et en Indochine. Le plan de Galliéni et de ses officiers (Lyautey) peut être résumé dans ces paroles : « Lancé à la pointe du jour pour conquérir un village rebelle… l’officier doit à midi avoir ouvert un marché sur la place où l’on s’est battu le matin et, le soir, y avoir ramené la population, gagné son amitié, le lendemain, établi une école. »

XII. Les mouvements de lutte contre l'ordre coloniale

Ils se traduisent par le regret du passé, le refus des abus des colons et du nouvel ordre colonial. Les Malgaches refusent l’autorité du gouverneur, des chefs de provinces, de districts et de canton. Ils ne veulent pas être dirigés et gouvernés par les étrangers. En plus ils revendiquent le retour de la Reine.

Ces mouvements se divisent en deux parties :

  • les luttes spontanées des Menalamba (1895-1898) et du Sadiavaha (1904-1905) et
  • les luttes organisées des VVS (1913-1916), Jean Ralaimongo (1918-1929) et du MDRM.

Le Général Joseph Simon GALLIENI, arrivé à Tananarive en Septembre 1896, le lorgnon bien ajusté sur un visage de glace, avait trouvé un pays secoué de révoltes sporadiques. (Solange Thierry)

Son Prédécesseur, le Préfet LAROCHE, avait agi la destitution et exil à Alger du Premier Ministre, l’habile Rainilaiarivony, et la notification de l’état de guerre au gouvernement malgache parce qu’il ne respectait pas les clauses du traité de Protectorat. (Solange Thierry)

Au mois de septembre 1896, quand il débarqua à Tamatave, le général Gallieni trouva Madagascar en pleine insurrection. La capitale elle-même, Tananarive, était affamée par les rebelles. Aujourd'hui, l'île est entièrement pacifiée, les colons y circulent sans escorte.

Dotée d'une administration simple et peu coûteuse, sillonnée par des routes déjà nombreuses, auxquelles un chemin de fer de Tananarive à la côte Est viendra bientôt s’adjoindre, notre jeune colonie voit sa prospérité s'affirmer de plus en plus.

Rêve de Gallieni ou cauchemar des Malgaches ?

La méthode Gallieni

Miné par les fièvres après avoir en quatre ans purgé le Tonkin des terribles Pavillons noirs, Gallieni, en juillet 1896, se soigne au pays natal, dans la petite station de Siradan, lorsque le ministre des colonies, André Lebon, le supplie d’interrompre son congé pour sauver Madagascar, occupé depuis un an à peine par les 15000 hommes du général Duchesne.

« Si vous refusez d’aller pacifier notre grande colonie africaine, elle est perdue pour nous.
— J’y vais,
décide le colonel.
— "Général", lui annonce le ministre, vous réunirez en vos mains tous les pouvoirs civils et militaires. Quelles troupes voulez-vous amener en sus du corps d’occupation ?
— Je ne demande qu’un bataillon de la Légion, afin de finir proprement s’il fallait succomber là-bas.
»

L’insurrection qui vient d’éclater a été inspirée par la reine Ranavalona, qui trône à Tananarive sur les tribus hovas d’origine malaise. Du balcon de la résidence, Gallieni peut observer les incendies allumés par les insurgés. Il acquiert la preuve que les fils du complot sont tenus par l’oncle de la reine, Ratsimamanga, et le ministre de l’intérieur, Rainandriamampandry. Il les fait arrêter à la stupeur générale ; une cour martiale les condamne à mort. Les accusés croient à une comédie, d’autant que la reine les fait rassurer par un émissaire de la cour. Si Gallieni recule, les Hovas vont mettre la Grande Ile à feu et à sang. A l’aube, les deux condamnés sont fusillés par une section de légionnaires. En quelques heures, Tananarive et ses abords sont pacifiés.

L’heure est grave

L’ordre est rétabli dans la partie centrale de l’île. Gallieni s’attaque aux autres groupements rebelles. En juillet 1897, il décide de pacifier la zone ouest des turbulentes tribus sakalaves et lance son chef d’état-major, le commandant Gérard, à la tête d’une colonne. Vers le 15 septembre parvient à Tananarive la nouvelle d’un soulèvement des Sakalaves et de l’enlèvement de quatre de nos postes. Une troupe française est isolée et des secours ne pourront la joindre avant plusieurs semaines ; l’île entière risque de nouveau de s’ensanglanter, l’heure est grave.

Le chef d’escadron Putz, chef d’état-major intérimaire, aimait à conter par la suite, nous disait le général Aubert, avec quelle maîtrise admirable Gallieni encaissa les mauvaises nouvelles. Jamais il ne laissa échapper une parole de nervosité. Aux colons anxieux il prodiguait des paroles d’espoir. Sa réserve dura quatre jours. Le 20 octobre, à 11 heures du soir, il convoqua le commandant Putz et le garda deux heures dans son cabinet. Quand ce dernier sortit, il emportait tous les ordres possibles pour parer aux événements. Le général s’installera lui-même au bureau de Tananarive pour communiquer avec ses subordonnés par télégrammes successifs (il n’était pas question de téléphone à cette époque). Ainsi tout l’essentiel, tout le possible, conclut le général Aubert, se trouvaient décidés.

Gallieni à Madagascar sut s’entourer d’hommes sûrs qu’il avait déjà eus sous ses ordres au Tonkin : Gérard, Martin-Panescora, Boucabeille, Peltier, Putz, Hellot, Aubert, Nèple, Mérienne-Lucas. Il va bientôt faire appel à son ancien chef d’état-major de colonnne, le commandant Lyautey, qui, sans même toucher la France, passe à Suez du paquebot d’Indochine sur celui de Tamatave. Chargé de traquer Rabezavana, il le bat à Morafeno, reçoit sa soumission avec son anneau de commandement, le laisse libre et le réintègre dans son commandement. Gallieni approuve ce geste chevaleresque qui participe de sa méthode, qu’il a ainsi résumée : « Pacifier et occuper fortement le territoire par la méthode de la tache d’huile. Progresser constamment vers la périphérie. Continuer l’action politique et militaire pour prendre possessipn du pays. Entrer sans délai en contact intime avec les populations, connaître leurs tendances, leur état d’esprit et satisfaire à leurs besoins pour les attacher par la persuasion aux institutions nouvelles. »

Cette « organisation qui marche » que Lyautey devait appliquer au Maroc permit la soumission du sud de l’île, hérissé de forêts et de monts inviolés où les colonnes Gérard, Septans, Lamy, Dubois, Cléret, Sueillon, Boucabeille se couvrirent de gloire, frappant d’admiration des insurgés. A Fianarantsoa, devant 20000 Betsileos, Gallieni déclarait : « Je n’ai pas à savoir quelle est votre religion. Catholiques, musulmans, protestants ou adeptes seulement du culte des ancêtres, vous pouvez tous vous asseoir sur les bancs de nos écoles, apprendre notre langue, vous habiller des étoffes françaises renommées dans le monde entier. Vous apprendrez de nous à vous aimer, à aimer surtout la France, votre nouvelle patrie, et à devenir d’habiles ouvriers et de bons cultivateurs. »

La population indigène est de toujours décimée par la variole, la lèpre, la tuberculose, la mortalité infantile, le paludisme. Gallieni ordonne la création immédiate d’une école de médecine, de cliniques, d’hôpitaux, d’une direction de la santé aux consultations gratuites, vaccins, léproseries isolées. Parallèlement, il organise des écoles, cours professionnels, tribunaux sans vénalité, chantiers de route et de voirie, création du premier chemin de fer entre la capitale et la côte (Tamatave), travaux, crédit et concessions fonciers, haras, chambres de commerce, immigration des créoles de la Réunion, police des gisements aurifères, obligation du système métrique, topographique.

En 1900, venu à Paris, il obtient les crédits nécessaires pour la création de la base navale de Diégo-Suarez, qu’il confie au général du génie Joffre, qui en trois ans effectuera les remarquable travaux de la ville et du port.

La colonisation ainsi comprise, substituant l’ordre aux luttes intestines, au brigandage, au despotisme, respectueuse de la personne et des biens de l’indigène, est beaucoup plus un devoir qu’un droit : loin de perpétuer un esclavage, elle vise à la libération des peuples protégés.

Raymond Cahisa, Le Monde, 20 septembre 1947

Instructions de Gallieni pour la pacification de Madagascar

« Le meilleur moyen pour arriver à la pacification dans notre nouvelle et immense colonie de Madagascar, avec les ressources restreintes dont nous disposons, est d’employer l’action combinée de la force et de la politique. Il faut nous rappeler que, dans les luttes coloniales que nous impose trop souvent, malheureusement, l’insoumission des populations, nous ne devons détruire qu’à la dernière extrémité, et, dans ce cas encore, ne ruiner que pour mieux bâtir. Toujours, nous devons ménager le pays et ses habitants, puisque celui-là est destiné à recevoir nos entreprises de colonisation futures, et que ceux-ci seront nos principaux agents et collaborateurs pour mener à bien ces entreprises. Chaque fois que les incidents de guerre obligent l’un de nos officiers coloniaux à agir contre un village ou un centre habité, il ne doit pas perdre de vue que son premier soin, la soumission des habitants obtenue, sera de reconstruire le village, d’y créer immédiatement un marché et d’y établir une école. Il doit donc éviter avec le plus grand soin toute destruction inutile.

« Action politique. L’action politique est de beaucoup la plus importante ; elle tire sa plus grande force de la connaissance du pays et de ses habitants ; c’est à ce but que doivent tendre les premiers efforts de tout commandement territorial. C’est l’étude des races qui occupent une région, qui détermine l’organisation politique à lui donner, les moyens à employer pour sa pacification. Un officier qui a réussi à dresser une carte ethnographique suffisamment exacte du territoire qu’il commande est bien près d’en avoir obtenu la pacification complète, suivie bientôt de l’organisation qui lui conviendra le mieux.

« Toute agglomération d’individus, race, peuple, tribu ou famille, représente une somme d’intérêts communs ou opposés. S’il y a des moeurs et des coutumes à respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut savoir démêler et utiliser à notre profit, en les opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les secondes. [...]

Action économique. Au fur et à mesure que la pacification s’affirme, le pays se cultive, les marchés rouvrent, le commerce reprend. Le rôle du soldat passe au second plan, celui de l’administrateur commence. Il faut d’une part, étudier et satisfaire les besoins sociaux des populations soumises ; favoriser, d’autre part, l’extension de la colonisation qui va mettre en valeur les richesses naturelles du sol, ouvrir des débouchés au commerce européen.

« Ce sont là, semble-t-il, les deux conditions essentielles du développement économique d’une colonie : elles ne sont nullement contradictoires. L’indigène, en général, n’a que fort peu de besoins. Il vit dans un état voisin de la misère, qu’il est humain de chercher à améliorer ; mais, le nouveau mode d’existence que nous lui ferons adopter, en créant chez lui des besoins qu’il n’avait pas, nécessitera de sa part des ressources qu’il n’a pas davantage et qu’il lui faudra trouver ailleurs.

« Il faudra donc qu’il surmonte sa paresse et se mette résolument au travail, soit en faisant revivre des industries languissantes, celles de la banane et de la soie par exemple, soit en augmentant ses cultures et en adoptant pour elles des méthodes plus productives, soit en prêtant aux colons européens le concours de sa main-d’oeuvre.

« Il rentre dans le rôle de nos commandants territoriaux de créer des écoles professionnelles, où l’indigène se perfectionnera dans son métier, par l’étude et l’application des moyens que la science et l’expérience nous ont acquis ; d’installer des fermes-modèles, où il viendra se rendre compte des procédés de culture féconds que nous employons et qu’il ignore ; d’encourager la reprise des industries nationales en facilitant l’établissement des premières fabriques qui s’organiseront et en les subventionnant au besoin ; de créer des marchés, francs de tous droits d’abord, et qui ne seront imposés que dans la suite, très progressivement, etc.

« Il se produira, infailliblement, une augmentation de richesse dans le pays, avec, comme conséquence naturelle, un besoin de bien-être, que le commerce européen saura mettre à profit. Il trouvera, dans les produits nouveaux de l’activité que nous aurons ainsi créée, des articles d’exportation, qui lui manquent un peu aujourd’hui, et, en tout cas, des ressources locales qui lui font absolument défaut. »

Joseph Gallieni, 2 mai 1898

Madagascar, colonie française

L’EXPLOITATION COLONIALE

Le principal objectif de la colonisation est l’exploitation économique de Madagascar. Pour réaliser ce but différentes mesures ont été prises par l’administration coloniale : le code de l’indigénat, le pacte colonial, et les impôts et prestations.

1. Le code de l’indigénat

C’est l’ensemble des règles qui placent les indigènes sous la domination des colons. Le non-respect de ce code expose l’indigène à des punitions très sévères. Les mesures d’ordre social et politique ont été prises. La société coloniale a été divisée en deux classes :

  • La classe des dominants constituée par les colons : les Français qui ont tous les pouvoirs administratifs et politiques ainsi que tous les moyens de production.
  • La classe des dominés constituée par les Malgaches. Cette classe est elle-même divisée en deux :
    • Les citoyens : les Malgaches privilégiés mais minoritaires qui obtiennent quelques avantages mais restent soumis aux Français.
    • Les indigènes : la masse populaire malgache soumise au code de l’indigénat. Ils sont comme des objets, des moyens de production français. Ils n’ont aucun droit politique et administratif. Ils doivent payer les impôts et faire des prestations (travail forcé).

2. Le pacte colonial et l’économie de traité

a- Le pacte colonial...

est un système économique qui oblige chaque colonie à ne vendre et à n’acheter qu’à sa métropole. Son objectif est de rendre l’économie de Madagascar dépendante de celle de la France. Il élimine la concurrence des autres pays et il fait de Madagascar une source de matières premières pour l’industrie française et un débouché pour vendre des produits manufacturés. Pour favoriser ce pacte des mesures ont été prises :

  • Les transports de produits entre Madagascar et la France se font par l’intermédiaire de grandes compagnies de navigation françaises ; exemples : CLM : Compagnie Lyonnaise de Madagascar, CMM : Compagnie Marseillaise de Madagascar, SICE : Société Industrielle Commerciale de l’Empire.
  • Il est interdit de construire des usines à Madagascar pour ne pas concurrencer les usines de la métropole.
  • Les produits des autres pays sont taxés à la douane tandis que les produits français entrent librement.
  • Madagascar entre dans la zone franc pour faciliter les échanges commerciaux.
  • Un réseau bancaire a été créé pour financer les grandes compagnies commerciales ; exemples : la banque de Madagascar et le comptoir d’escompte.

b- L’économie de traité

Pour développer l’économie de traité, la France remplace l’économie d’autosubsistance par l’économie de marché. C’est une politique des colonisateurs qui consiste à acheter les matières premières à bas prix et à revendre les produits finis à prix élevé. Pour assurer le bon fonctionnement de l’économie de traité, les Français adoptent une loi sur le régime foncier et deviennent propriétaires des terres des Malgaches. Ces derniers doivent alors travailler dans les plantations françaises.

3. Les impôts et ses prestations

a- L’impôt

est une somme d’argent que l’on doit payer aux autorités. Pendant la colonisation l’impôt était une source d’argent pour l’administration coloniale. C’est aussi un moyen pour forcer les Malgaches à travailler dans les plantations françaises. L’impôt est un moyen pour éduquer et civiliser les malgaches par le travail. L’impôt permet le contrôle de la population. Les différents types d’impôt sont :

  • la capitation,
  • l’impôt sur les biens,
  • l’impôt ou taxe sur les marchés.

b- Les prestations ce sont des mesures qui obligent les indigènes à faire des travaux gratuits pour l’administration coloniale dans le but de :

  • Solutionner les problèmes de main d’œuvre.
  • Tout homme malgache de 16 à 60 ans doit faire des travaux obligatoires de 10, 30 et 50 jours dans l’année. Durant cette période les hommes malgaches ont construit des routes, des chemins de fer, des tunnels, des ponts, des écoles, des hôpitaux...

Construction de la voie ferrée Tananarive-Tamatave (vers 1908).

Le but des prestations était aussi de lutter contre le brigandage et le vagabondage. C’était aussi un moyen de répression contre les mouvements de contestation. En 1901 les prestations sont supprimées par Gallieni et en 1926 l’administration coloniale met en place le SMOTIG (Service de la Main d’Oeuvre pour les Travaux d’Intérêt Général). C’est un service militaire obligatoire pour tous les jeunes pendant 3 ans.

4. Le bilan de l’économie malgache sous la colonisation

La colonisation a eu des aspects négatifs et des aspects positifs.

a- Les aspects négatifs

La France n’a pas cherché à développer Madagascar. Son principal objectif était de piller nos richesses :

  • Madagascar était devenu un fournisseur de matières premières.
  • Madagascar était aussi devenu un marché exclusivement français.
  • Vol des terres des Malgaches.
  • Déséquilibres régionaux : seules les régions riches sont développées.

b- Les aspects positifs

  • Unification de Madagascar sous une seule autorité.
  • Développement des transports (routes, chemins de fer...).
  • Développement de l’équipement (hôpitaux, bâtiments administratifs).
  • Développement du commerce extérieur (économie de marché).
  • Utilisation de nouvelles techniques (utilisation d’engrais chimiques, machine).

Voilà ce qui est enseigné, en français, aux collégiens d’une classe de troisième de Tuléar à Madagascar .

A la fin du 19ème siècle, les pays européens (France, Angleterre, Belgique...) se lancent dans l’occupation de vastes territoires en Afrique et en Asie. La colonisation c’est l’occupation et l’administration par la force d’un pays pauvre par un pays riche. Cette domination est à la fois politique, économique, sociale et culturelle.

A - LES CAUSES DE LA COLONISATION

1. Les causes externes

a- Causes politiques et économiques

  • Pour éviter les rivalités, les pays européens ont partagé le monde pour créer de vastes empires coloniaux. Ils se sont réunis à Berlin pour faire ce partage. Pendant cette conférence, l’Angleterre donne Madagascar à la France en échange de Zanzibar.
  • Avoir un empire colonial était un signe de puissance et un motif de fierté.
  • La révolution industrielle oblige les européens à chercher des matières premières pour leurs usines et des débouchés (marchés) pour les produits finis. Ils ont aussi besoin de terres de peuplement et de travail pour les hommes.
  • Sur le plan stratégique la place de Madagascar permettait à la France de contrôler le commerce international dans l’Océan Indien et d’y installer une base militaire.

b- Causes sociales et culturelles

  • Les Européens pensaient que leur civilisation était supérieure aux autres, par conséquent coloniser et instruire les « races inférieures » étaient un devoir : c’est la mission civilisatrice (éducation, évangélisation).

2. Les causes internes

  • En 1883-1885, une guerre éclate entre les Malgaches et les Français. Elle se termine par la signature d’un traité (accord). Ce traité considère Madagascar comme protectorat français. Cependant le premier ministre Rainilaiarivony refuse ce protectorat qu’il appelle protectorat fantôme.
  • Le refus du premier ministre provoque une deuxième guerre franco-malgache en 1894-1895. Elle se termine par la défaite malgache et la signature d’un protectorat réel.
  • Des révoltes éclatent car la population malgache conteste ce protectorat. Des mouvements de résistance se forment ainsi que des mouvements xénophobes.
  • La réaction de la France est immédiate :
    • une loi d’annexion est votée,
    • le protectorat est aboli et le 6 août 1896 Madagascar devient une colonie française.

B - L’ADMINISTRATION COLONIALE

Face aux différentes révoltes, la France envoie le premier gouverneur général, le général Gallieni, pour contrôler les Malgaches et pour faire régner la paix. Gallieni va mettre en place une administration militaire qui sera remplacée par une administration civile.

1. Administration militaire : la pacification (1896 -1905)

La pacification est la période pendant laquelle le général Gallieni rétablit la paix à Madagascar. Pour cela il utilise différentes méthodes :

  • Politique de la terre brûlée : pour obliger la population à se soumettre, on détruit leurs cultures et leurs villages.
  • Politique des races : il faut abattre la domination merina de l’époque.
  • Politique « diviser pour mieux régner » : il faut séparer les Malgaches pour créer une confusion.
  • Politique de la tâche d’huile : pacifier d’abord le centre et seulement après les autres régions pour arriver à tout Madagascar.

Cette pacification s’accompagne d’exécutions des chefs de mouvements de révolte pour terroriser la population. Les postes militaires ont été créés pour mieux contrôler la population.

Trait d’héroïsme du général Gallieni à Madagascar, Le Petit Journal, 26 juin 1898.

2. Administration civile

a - Organisation générale

Le Président de la république française est le premier responsable de l’administration coloniale. Il est suivi du ministre des colonies qui s’occupe de l’administration coloniale et désigne les gouverneurs généraux dans les colonies. Ces deux personnalités résident en France.

b - Organisation interne

Les fonctionnaires responsables de l’administration coloniale :

  • Le gouverneur général : il a tout les pouvoirs et publie les lois. Il est de nationalité française.
  • Le secrétaire général : il est responsable de l’administration civile et politique. Il est également français.
  • Le conseil de gouvernement : il est composé de 15 membres dont 13 Français et de 2 Malgaches. Ce Conseil s’occupe de la politique générale du pays.
  • Les représentants économiques et financiers formés de 50 membres (25 Français, 25 Malgaches) : ils s’occupent de l’élaboration des lois et de l’aménagement du territoire.

c - Division administrative

  • Madagascar est divisée en provinces, dirigées par un chef de province de nationalité française. Il exécute les ordres du gouverneur général.
  • Chaque province est divisée en districts dirigés par un chef de district de nationalité française. Il contrôle l’exécution des tâches et il conseille.
  • Chaque district comprend des cantons dirigés par un chef de canton de nationalité malgache. Il tient le registre et collecte les impôts. Dans son travail le chef de canton est aidé par le chef de village et le chef local traditionnel. Dans les cantons la population est organisée en fokonolona.

3. Les rôles de l’administration coloniale

Elle représente directement la métropole. Elle assure l’application des lois et la bonne marche des services publics. Elle aide les colons à sauvegarder les intérêts de la France à Madagascar.

C - L’EXPLOITATION COLONIALE

Le principal objectif de la colonisation est l’exploitation économique de Madagascar. Pour réaliser ce but différentes mesures ont été prises par l’administration coloniale : le code de l’indigénat, le pacte colonial, et les impôts et prestations.

1. Le code de l’indigénat

C’est l’ensemble des règles qui placent les indigènes sous la domination des colons. Le non-respect de ce code expose l’indigène à des punitions très sévères. Les mesures d’ordre social et politique ont été prises. La société coloniale a été divisée en deux classes :

  • La classe des dominants constituée par les colons : les Français qui ont tous les pouvoirs administratifs et politiques ainsi que tous les moyens de production.
  • La classe des dominés constituée par les Malgaches. Cette classe est elle-même divisée en deux :
    • Les citoyens : les Malgaches privilégiés mais minoritaires qui obtiennent quelques avantages mais restent soumis aux Français.
    • Les indigènes : la masse populaire malgache soumise au code de l’indigénat. Ils sont comme des objets, des moyens de production français. Ils n’ont aucun droit politique et administratif. Ils doivent payer les impôts et faire des prestations (travail forcé).

2. Le pacte colonial et l’économie de traité

a- Le pacte colonial...

est un système économique qui oblige chaque colonie à ne vendre et à n’acheter qu’à sa métropole. Son objectif est de rendre l’économie de Madagascar dépendante de celle de la France. Il élimine la concurrence des autres pays et il fait de Madagascar une source de matières premières pour l’industrie française et un débouché pour vendre des produits manufacturés. Pour favoriser ce pacte des mesures ont été prises :

  • Les transports de produits entre Madagascar et la France se font par l’intermédiaire de grandes compagnies de navigation françaises ; exemples : CLM : Compagnie Lyonnaise de Madagascar, CMM : Compagnie Marseillaise de Madagascar, SICE : Société Industrielle Commerciale de l’Empire.
  • Il est interdit de construire des usines à Madagascar pour ne pas concurrencer les usines de la métropole.
  • Les produits des autres pays sont taxés à la douane tandis que les produits français entrent librement.
  • Madagascar entre dans la zone franc pour faciliter les échanges commerciaux.
  • Un réseau bancaire a été créé pour financer les grandes compagnies commerciales ; exemples : la banque de Madagascar et le comptoir d’escompte.

b- L’économie de traité

Pour développer l’économie de traité, la France remplace l’économie d’autosubsistance par l’économie de marché. C’est une politique des colonisateurs qui consiste à acheter les matières premières à bas prix et à revendre les produits finis à prix élevé. Pour assurer le bon fonctionnement de l’économie de traité, les Français adoptent une loi sur le régime foncier et deviennent propriétaires des terres des Malgaches. Ces derniers doivent alors travailler dans les plantations françaises.

3. Les impôts et ses prestations

a- L’impôt

est une somme d’argent que l’on doit payer aux autorités. Pendant la colonisation l’impôt était une source d’argent pour l’administration coloniale. C’est aussi un moyen pour forcer les Malgaches à travailler dans les plantations françaises. L’impôt est un moyen pour éduquer et civiliser les malgaches par le travail. L’impôt permet le contrôle de la population. Les différents types d’impôt sont :

  • la capitation,
  • l’impôt sur les biens,
  • l’impôt ou taxe sur les marchés.

b- Les prestations ce sont des mesures qui obligent les indigènes à faire des travaux gratuits pour l’administration coloniale dans le but de :

  • Solutionner les problèmes de main d’œuvre.
  • Tout homme malgache de 16 à 60 ans doit faire des travaux obligatoires de 10, 30 et 50 jours dans l’année. Durant cette période les hommes malgaches ont construit des routes, des chemins de fer, des tunnels, des ponts, des écoles, des hôpitaux...

Construction de la voie ferrée Tananarive-Tamatave (vers 1908).

Le but des prestations était aussi de lutter contre le brigandage et le vagabondage. C’était aussi un moyen de répression contre les mouvements de contestation. En 1901 les prestations sont supprimées par Gallieni et en 1926 l’administration coloniale met en place le SMOTIG (Service de la Main d’Oeuvre pour les Travaux d’Intérêt Général). C’est un service militaire obligatoire pour tous les jeunes pendant 3 ans.

4. Le bilan de l’économie malgache sous la colonisation

La colonisation a eu des aspects négatifs et des aspects positifs.

a- Les aspects négatifs

La France n’a pas cherché à développer Madagascar. Son principal objectif était de piller nos richesses :

  • Madagascar était devenu un fournisseur de matières premières.
  • Madagascar était aussi devenu un marché exclusivement français.
  • Vol des terres des Malgaches.
  • Déséquilibres régionaux : seules les régions riches sont développées.

b- Les aspects positifs

  • Unification de Madagascar sous une seule autorité.
  • Développement des transports (routes, chemins de fer...).
  • Développement de l’équipement (hôpitaux, bâtiments administratifs).
  • Développement du commerce extérieur (économie de marché).
  • Utilisation de nouvelles techniques (utilisation d’engrais chimiques, machine).

La légende dorée de Gallieni

« Le général Gallieni gouverne notre colonie de Madagascar. Partout il construit des routes, il ouvre des écoles. » Tel est le commentaire de cette image tirée d’un manuel d’histoire de 1933. Une parfaite illustration de la légende du général Gallieni, celle du colonisateur « civilisateur ».

[L’Histoire, octobre 2005, n° 302 La colonisation en procès]

Pétition de 51 colons français au Gouverneur général de Madagascar, le 13 janvier 1900 [5]

« M. le Gouverneur,

« Comme nous tous vous êtes au courant de la mortalité effrayante qui frappe les prestataires [6] employés à la construction de la route de Tananarive-Tamatave : elle a atteint dans ces derniers mois une proportion si grande qu’on peut prévoir qu’à brève échéance, la population même la plus valide des hauts plateaux sera tellement réduite que les colons ne pourront bientôt plus rien entreprendre, tant au point de vue du commerce que de l’agriculture et de l’industrie, dans ces régions où ils ont cependant le plus de chance de réussir.

« La question commence à se poser sérieusement de savoir s’il n’est pas préférable de ne pas avoir de routes, mais de conserver une population valide susceptible de mettre Madagascar en valeur, plutôt que de créer de belles pistes carrossables au prix de tant d’existences humaines sacrifiées, dans un pays où la population, si peu dense au moment de la conquête, s’éclaircit tous les jours davantage. Les indigènes sont d’ailleurs tellement las et exténués par des corvées et des travaux incessants, qu’ils déclarent aujourd’hui hautement préférer la mort à toute occupation autre que celle de la culture de leurs champs. [...]

« C’est donc avec une fréquence vraiment inquiétante que se multiplient ces actes d’arbitraire dont chaque jour, colons et Malgaches ont à se plaindre. L’indigène est arrêté, emprisonné pendant des mois sans jugement, sans interrogatoire ; et cela avec d’autant moins de ménagements que le détenu est toujours utilisé comme main d’oeuvre économique. »

Histoire du canal des Pangalanes

Le canal des Pangalanes est une impressionnante enfilade de rivières et de lacs, qui longent la côte Est de Madagascar de Tamatave à Faranfangana, sur plus de 650km, ce qui en fait le plus long canal du monde ! Par endroits, le Canal n’est séparé de la mer que par une étroite bande de sable ou de forêt. Il fût aménagé pour la navigation commerciale par le Général Gallieni de 1896 à 1904, afin d’acheminer plus facilement les épices produites dans le sud-est vers le port de Tamatave, la navigation sur cette partie de l’Océan Indien étant trop dangereuse.

Les balades sur le Canal sont un voyage dans le Temps ! Ici, rien a changé depuis un siècle, le Canal se fraie un chemin à travers la forêt dans la plus grande tranquillité. Les villageois crient sur les berges à votre passage, les villages Betsimisaraka sur les berges sont toujours en « falafa » et bois, le ballet de piroguiers et pêcheurs est quotidien, des « ferry » sur bondés s’appellent toujours « Espérance » et autres noms cocasses. Le pêcheur vous hèle de l’autre berge pour vous demander si vous avez passé une bonne nuit(!!), les radeaux de transport de marchandises promènent toujours leurs petites cases improvisées à la façon d’un escargot.

Tout au long du canal et de ses berges, des mangroves, et une riche flore aquatique : Typhonodorum, Carex, Cyperus, Fimbbristylis, Mellaleuca et Scirpus, ainsi que Nympheas, Najas Nénuphars, Casuarinas, Cocos, Eucalyptus, Raphia. Bushhouse surplombe le lac Ampitabe, le troisième plus grand lac des Pangalanes. En contrebas, à 30 mètres, une plage de sable blanc et des eaux claires et sûres pour la baignade. Le site se nomme Ankanin’Ny Nofy, qui veut dire « le nid des rêves ». Un nom qui tient toutes ses promesses.

Les premières auto de Madagascar

Dans un livre écrit par le Général Galliéni, édité par Hachette en 1908, neuf ans à Madagascar, je découvre page 170 : "cette première visite au chemin de fer terminée, nous nous rendons à Mahatsara par une traverse. C'est de là que je dois partir pour tenter sur la partie de la route achevée dans la région, le premier essai d'automobilisme en pays malgache. les objections qui m'avaient été faites en France me laissaient quelques doutes sur la réussite. cependant, le capitaine Grüss, que j'avais chargé de l'expérience, avait amené de paris trois voitures Panhard et Levassor, dont deux douze chevaux nous attendaient toutes montées à Mahatsara. La troisième, une voiturette six chevaux, avait été laissée en caisse pour franchir, entre Beforona et Moramanga, les 30 kilomètres sur lesquels la route carrossable n'était pas encore achevée. De Mahatsara, les deux douze chevaux nous conduisirent en trois heures à Beforona, distant de 80 km". Il précise plus loin que ce parcours prenait trois jours auparavant. Les faits se déroulent le 22 août 1900, c'est donc à cette date que les premières voitures automobiles ont roulé à Madagascar. Plus loin, une photo représentant quatre voitures dont peut-être les trois décrites plus haut.

Quelqu'un a-t-il déjà entendu parler de ces voitures à Madagascar ?
Jean-Michel GRENIER LA RELIERE,
73610 Attignat-Oncin

En 1896, le Parlement français déclara l'annexion de Madagascar, décrétée colonie française.
Le général Gallieni fut envoyé d'urgence pour prendre le commandement civil et militaire de l'île et mater l'insurrection.
Il réprima les révoltes, déposa et exila la reine Ranavalona III à la Réunion, puis à Alger, et abolit la monarchie. Gallieni établit alors les fondements de son action coloniale: «politique des races», francisation, oeuvres économiques et sociales.
Il remplaça les gouverneurs merinas par des administrateurs locaux encadrés par des Français.
De 1900 à 1902, Lyautey soumit les populations du Sud; en 1905, la «pacification» était achevée. Près de 50 000 Malgaches furent incorporés à l'armée française pendant la Première Guerre mondiale.
Cependant, la résistance du peuple malgache à la colonisation se poursuivit sans relâche, et la domination française ne fut d'ailleurs jamais acceptée.
Dès les années 1910, les nationalistes se groupèrent dans une société secrète militant pour la liberté et l'égalité des droits, la Vy vato sakelika (VVS, littéralement: «Fer, pierre, réseau») dont les dirigeants, notamment le pasteur Ravelojaona, furent arrêtés en 1916. En 1920, le mouvement s'amplifia sous l'impulsion de Jean Ralaimongo.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'administration coloniale demeura fidèle au gouvernement de Vichy.

En 1942, les Britanniques débarquèrent à Diego-Suarez et occupèrent l'île, que sur l'insistance du général de Gaulle, ils acceptèrent finalement de remettre à la France libre.

En 1945, les Malgaches purent élire deux députés à l'Assemblée constituante à Paris.

En 1946, Madagascar devint un Territoire français d'outre-mer. Mais en mars 1947, un soulèvement populaire (insurrection des Menalambos) éclata dans l'île.

La répression fut impitoyable: elle aurait fait 80 000 à 100 000 morts, et elle décapita les mouvements d'opposition créés en 1946 : le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) de Joseph Ravoahangy, et le Parti des déshérités de Madagascar, de Joseph Raseta.

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