Début de l'occupation de l'Île

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgAncêtres des Malgaches
Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr)

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De la lointaine période de la fragmentation et la dérive des continents, la grande île de Madagascar s'isola dans l'Océan Indien comme pour mieux en préserver sa faune et sa flore endémique, aujourd'hui encore préservées. Plus récemment, objet de vagues d'immigrations successives, marins indonésiens puis esclaves d'Afrique orientale, l'île aux 18 ethnies fut soumise aux convoitises puis colonisée par la France avant de gagner enfin son indépendance. Aujourd'hui cette île-continent mystérieuse, aux multiples visages et aux traditions séculaires, reste à découvrir.

 

 

III. Le peuplement de l'Île

a. Les débuts de l’occupation de l’Île

Parler de l’histoire de Madagascar, c’est d’abord parler de l’histoire de son peuplement. Il n’y a pas de présence humaine sur l’île avant le VIIe siècle, ou du moins n’a-t-on rien trouvé pour l’instant. D’abord, le sol n’a livré aucun squelette ou objet, preuves de l’existence d’hommes préhistoriques.

S'appuyant sur les données archéologiques et ethnologiques, les chercheurs ont mis en évidence un peuplement simultané de l'île par des populations d'origine malayo-indonésienne et africaine, plusieurs vagues d'immigration se succédant au cours des siècles, depuis le début de notre ère.
Les Malayo-Indonésiens apportèrent le taro, la culture du riz irrigué et la pirogue à balancier, les Africains la culture sur brûlis et le système des classes d'âge. Longtemps, ils vécurent en petites principautés séparées et participèrent au commerce de l'océan Indien par l'intermédiaire des Comores, comme en témoignent des poteries trouvées dans le Sud.
Le commerce arabo-persan (shirazi) toucha les côtes vers la même époque et les Malgaches exportèrent vers l'Afrique orientale de la vaisselle en chloritoschiste (pierre tendre) produite au nord du pays dans la région de Vohimarina (Vohémar).
De petites communautés de marchands musulmans s'établirent également sur les côtes.
L'île condense tout ce que l'océan Indien a inventé, qu'il s'agisse des techniques, des structures sociales et des systèmes religieux.

Les Malgaches sont forcément venus d’ailleurs. Mais de quel ailleurs ?

Les ancêtres des malgaches actuels venaient d’Afrique et d’Asie, précisément d’Afrique orientale et d’Indonésie. Dès le VII siècle les maris indonésiens naviguaient dans l’archipel malais, jusqu’au sud de l’Inde et aux îles Maldives. C’était principalement des commerçants, ils naviguaient le long des côtes sur des pirogues, se guidaient grâce aux étoiles et dérivaient, c’est ainsi qu’ils ont pu découvrir Madagascar. Sur ces bateaux, il y avait aussi des serviteurs noirs, africains mais peut-être aussi de l’Inde du Sud.

Installation des groupes ethniques

On assiste peu à peu à l’installation de différents groupes arabisés, sans doute indonésiens qui s’établissent dans la pointe sud de l’île (région de Fort-Dauphin) et qui donnent naissance à plusieurs ethnies vers le XVI siècle. Ils colonisent également la côte est, et notamment la vallée de la Matitanana, peu à peu ils remontent vers l’ouest et les plateaux.

Les types physiques assez contrastés que l’on peut rencontrer du Nord au Sud. D’Est en Ouest, de plaines côtières en Hautes terres fournissent un semblant de réponse : les ancêtres précis, d’Afrique orientale et d’Indonésie.

Tout permet de penser que ces explorateurs étaient des navigateurs austronésiens originaires de l’actuelle Indonésie. Plus précisément, les langues malgaches appartiennent au groupe dit « barito » des langues austronésiennes, également parlé dans la province de Kalimantan du sud-est de l'île de Bornéo, ce qui signe la probable origine des premiers colons, par exemple par les peuples dayaks de l’intérieur (comme les Ma’anyan)

Cette navigation des peuples malayo-polynésiens (ou nusantariens) dans l'océan Indien représente le pendant occidental d’un vaste mouvement de populations commencé depuis au moins le troisième millénaire avant notre ère dans l'océan Pacifique. Elle fut rendue possible grâce à une maîtrise précoce de l’art de la navigation, caractérisée notamment par l’utilisation des vaisseaux multicoques et des embarcations à balanciers. D’après les sources chinoises remontant aux premiers siècles de notre ère, les plus grands de ces vaisseaux pouvaient transporter un millier de passagers et des centaines de tonnes de marchandises. Ces premiers occupants asiatiques de Madagascar maîtrisaient la métallurgie, y compris celle du fer, la riziculture et le tissage de la soie. Outre le riz, ils transportaient avec eux nombre de plantes cultigènes d’Asie du Sud-Est comme notamment la banane, le cocotier, l'igname, le taro, la canne à sucre.

Il semble également que ces navigateurs indonésiens aient possédé des établissements sur les côtes africaines où commençaient à pénétrer des populations bantoues, venues de l’intérieur du continent. On a pu alors émettre l’hypothèse que l’introduction des plantes asiatiques a joué un rôle important dans l’explosion démographique à l’origine de cette expansion bantoue.

Ils naviguaient sur des pirogues pontées, semblables aux catamarans, se guidaient grâce aux étoiles, et dérivaient parfois : ils on pu découvrir Madagascar accidentellement. A bord de ces bateaux, il y avait aussi des marins et des serviteurs noirs, sans doute africains, mais peut-être aussi originaires de l’Inde du Sud.

Ces indonésiens auraient abordé les côtes malgaches par le Nord de l’île, puis caboté d’embouchure le long de la côte est. De là, ils seraient remontés vers les Hautes Terres.

Les premières incursions européennes

Les sociétés que les islamisées édifièrent en Anosy (région de Fort-Dauphin), dans le pays de Matacassy (à partir duquel on donna à toute l’île le nom de Madagascar, et d’où vient l’ancien adjectif de madécasse) ont été décrites dès le XVIIe siècle par les voyageurs européens. La société était divisée en groupes, les Blancs (Fotsy) et les Noirs (Mainty), chacun de ces groupes comprenant une hiérarchie interne. Les Fotsy étaient descendants des ZafindRaminia, les Noirs de clans autochtones. Ces Madécasses furent, aux XVIe et XVIIe siècles, les premiers à entretenir des relations suivies avec les Occidentaux. C’est Diefo Diaz, un capitaine portugais dérouté par une tempête après avoir passé le cap de Bonne-Espérance, qui « découvrit » Madagascar et lui donna le nom de l’île Saint-Laurent. D’autres voyageurs portugais, commerçants et missionnaires suivirent. Mais les relations avec Les populations locales furent toujours très étendues et tous les efforts des missionnaires portugais pour les convertir au christianisme échouèrent. De ce fait, les projet portugais d’établissement dans le Sud de l’île furent abandonnés. Au XVIIe siècle, des aventuriers de tous bords et de toutes nationalités (Hollandais, Anglais et Français) venaient faire le commerce des esclaves pour les vendre sur l’île Maurice et même parfois dans les plantations de la Caraïbe. Les équilibres politiques du Sud et de l’Est furent sérieusement perturbés car ces Européens, qui disposaient d’armes à feu, s’immiscèrent dans les guerres entre tribus de la région, profitant ainsi des captures de prisonniers et de razzias de vivres et de bétail.

Ces premiers arrivants se sont installés en groupes isolés [clans] dans les plaines et les vallons de la côte Est, et peut-être du Nord-Ouest, où les poussaient les vents. Se disputant des terres, ils vivaient toujours en lutte, sur des hauteurs fortifiées, se nourrissant des produits de la cueillette, du tavy, de la rizière. Bientôt trop nombreux, ils gagnent, par mer ou par terre, les vallées de l’autre versant, mais ils n’ont guère les moyens de mettre en valeur ces régions immenses aux larges fleuves. Comme la plupart des peuples asiatiques, les premiers habitants de Madagascar ont eu peur de l’épaisse forêt de l’Est : ils ont hésité longtemps à monter la falaise boisée de l’Angavo d’accès difficile, sombre, qu’ils croyaient peuplée de génies malfaisants. Aussi ils ont dû utiliser les passages naturels que vous montre la carte du relief (seuils d’Androna, d’Ihosy).

Les premiers siècles de l’histoire de Madagascar ont donc été une période de luttes, de vie primitive et rude, de déplacements continuels.

b. Le rôle des Arabes

Venus le plus souvent par l’Afrique et les Comores, les Arabes ont fréquenté, du IXe au XIVe siècles surtout, le Nord-Ouest, le Nord-Est et le Sud-Est de Madagascar. On a trouvé de nombreuses traces de leur occupation, notamment à Vohémar.

Supérieurs par leurs armes et leur organisation, les Arabes ont :

1° fait connaître des pratiques nouvelles : commerce, esclavage, monnaies, calendrier, sikidy, écriture.

2° fourni à des clans malagasy, des chefs qui les organisent en tribus, étendent leur domaine grâce à la supériorité des armes. Des chefs Taimoro, qui ont commandé des Tanala, des Bara, des Betsileo, seront appelés en Imerina. Les peuples du Sud-Est et les Sakalava ont subi l’influence la plus profonde. Ces apports arabes paraissent avoir provoqué des déplacements nombreux.

c. Le peuplement des hautes terres

Il semble s’être réalisé en deux étapes ; pourtant les dates sont imprécises :

1. Nous ignorons tout des premières populations qui sont installées dans l’Imerina et le Betsileo aux XIIe et XIVe siècles. On les appelle les Vazimba.

2° Puis des tribus d’origine malaise, probablement les dernières arrivées, franchissent la falaise boisée, soumettent les Bezanozano de l’Ankay et débouchent dans le pays découvert, l’Imerina. Par la force et surtout par l’habileté, ils réussissent à dominer ou à refouler les Vazimba : ainsi se forment les royaumes merina et betsileo.

Le chemin de ces migrations est marqué par de nombreux vestiges (pierres levées, fortifications…).

Le peuple Malgache à l’origine est issu d’immigrations successives et d’origines diverses : Malayo-Pakistanaise, Indonésienne, Arabe, Africaine avec installation progressive de groupes ethniques.

mer-eau-bleue-1.jpgNavigateurs et pirates européens

 C’est parce que Madagascar était située sur la Route des Indes qu’un jour de l’an 1500, le 10 août exactement, le Capitaine Portugais Diego Diaz, fuyant la tempête découvrit la Grande Ile. Il fut ainsi le premier Européen à poser le pied sur cette nouvelle contrée qu’il baptisa aussitôt "Ile Saint-Laurent".
Il y eut plusieurs tentatives d’implantations européennes du fait de la position stratégique de Madagascar sur la longue route de l’orient, la "Route des Epices", se soldant par des échecs.
Portugais, Hollandais, Britanniques se succédèrent. Les Français entreprirent la seule véritable tentative de colonisation et s’installèrent durant 30 années de 1642 à 1672. Plus tard et jusqu’au XIXème siècle, grâce à de  nombreux comptoirs installés le long de la côte orientale, des traitants français et créoles effectueront un commerce florissant entre Madagascar, l’île Bourbon (Réunion) et l’ île de France (Maurice).

Quant au nom même de Madagascar,il résulterait d’une erreur de Marco Polo, navigateur Portugais, qui au 13ème siècle aurait confondu la Grande Île avec le port Somalien de Mogadiscio, bien plus au nord, sur la corne de l’Afrique.

Toutes ces multiples influences européennes ont laissé des traces et l’île a assimilé, intégré, métissé les apports pour en faire une création très particulière: l’identité Malagasy.

Les explorateurs portugais
Diogo Dias appelle Sâo Lorenzo (Saint-Laurent) la grande île qu’il aborde par hasard, le 10 août 1500, alors qu’il fuit une tempête. Chargé par le roi Manoel Ier d’inventorier les ressources de la Grande Île, en 1508, Lopes de Sequeira constate que la côte orientale est dépourvue des épices tant recherchées. Les Portugais utilisent Madagascar comme escale d’avitaillement sur la route des Indes, accostant dans les baies de Saint-Augustin (Sud-Ouest),  Manafiafy (Sud-Est), Antongil (Nord-Est) et sur la côte nord-ouest. Ils se  désintéresseront de la Grande île au début du XVIIème siècle.

Les tentatives d'installation hollandaises et anglaises
Les Hollandais profitent du départ des Portugais pour tenter d’inclure Madagascar dans le circuit triangulaire "Le cap – Maurice – Batavia". Ils fréquentent surtout la côte est et la baie de Saint-Augustin en quête des denrées et des esclaves indispensables à la colonisation de l’île Maurice, qu’ils occupent depuis 1638. L’abandon de cette dernière en 1710 mettra fin à ce trafic commercial.
Les Anglais tentent, eux aussi, d’installer des colonies dans la baie de Saint-Augustin, en 1644, et à Nosy  Be en 1650. Deux tentatives ruinées en moins d’un an, les colons ayant été massacrés par les autochtones.

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