OHABOLANA (Proverbe Malagasy)

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgOHABOLANA

Proverbe Malagasy

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

 

Ohabolana (Proverbes). Les ohabolana ne tombent pas du ciel comme la grêle, ni ne surgissent de la terre comme des champignons mais font partie de la littérature malgache, à l'instar des cornes allant de pair avec les oreilles. Ils sont comme le riz et l'eau : dans les champs, ils ne se quittent pas et au village ne se rejettent pas.

La langue et le langage constituent une des particularités des facultés propres à l'homme. Avant même que la littérature écrite n'ait fait sa parution, la littérature orale existait déjà. Comme son nom l'indique, elle n'était pas écrite mais orale. Cela signifie que les générations successives l'ont gardée par le biais de leur utilisation quotidienne et de leur transmission verbale. Et c'était toujours ainsi. C'est, à juste titre, ce qu'on appelle tradition orale (lovantsofina, litt. héritage-des-oreilles). Ce sont les oreilles, la bouche et la mémoire qui travaillent. Nos ancêtres n'avaient ni université, ni école supérieure pour étudier ou faire des recherches comme à nos jours. Ils étaient formés et forgés par la nature et par la vie de génération en génération. Les ohabolana constituent une preuve vivante de leur savoir-parler et de leur savoir-observer.

Si on analyse le mot ohabolana, il vient de ohatra (exemple) et volana (parole). Littéralement, c'est comme ce qui suit : celui qui parle prend un exemple pour expliquer de façon concrète ce qu'il aimerait dire. Cet exemple n'est autre qu'une allégorie (image, métaphore), des attributs symboliques visant à attirer l'attention de ceux qui l'écoutent afin qu'ils suivent le sillage des idées évoquées et qu'ils pénètrent dans son univers. Il ne cherche pas loin mais utilise une métaphore émergeant de l'expérience de la vie de tous les jours. Si les ancêtres disent, par exemple : antoandro faka ronono ka ilaozan'ny omby mihahaka (quand on va chercher du lait au milieu du jour, les vaches ne sont pas là car elles sont dispersées), tout le monde comprend tout de suite de quoi il s'agit. Si celui qui devait traire les vaches passait son temps à faire la grasse matinée, il rentrerait bredouille s'il allait au champ car les vaches étaient dispersées. C'est que jadis, le bétail dormait la nuit en plein air ou dans un parc. Si celui qui devrait traire les vaches ne se hâtait pas, il ne les y verrait plus car elles étaient parties brouter l'herbe dans d'autre endroit.

Dans ce proverbe, l'allégorie choisie est celle du chercheur de lait pour dire à celui qui écoute que la vigilance est nécessaire. Quand on aimerait faire quelque chose ou quand on a un but à atteindre dans la vie, il ne faut pas se laisser se distraire, ni remettre le lendemain ce qu'on peut faire aujourd'hui. Cela rejoint le dicton : velezo ny vy dieny mafana (battez le fer tant que c'est chaud). Le chercheur de lait manque de dynamisme et ce défaut tourne contre lui et le remords n'est pas devant pour conseiller mais derrière pour s'en moquer. Cet exemple met en exergue les méfaits d'une attitude irresponsable. Pourtant, au fond, ce n'est pas le revers dû au manquement au travail qu'on aimerait insister mais le bon côté qu'il n'avait pas fait mais qu'il aurait dû faire. Comme on dit : ny hamisavisansa ny ratsy hihavian'ny soa, (on prévoit le pire pour que survienne le meilleur). Soa kenda hahay mitsako (heureusement qu'on s'étouffe pour mâcher lentement).

Souvent, ce sont les mpikabary (orateurs) qui utilisent les ohabolana. Ils ont une habileté à parler et sont sollicités dans les diverses circonstances de la vie sociale (tels la circoncision, le mariage, le deuil). Un beau discours illustré par des ohabolana fait battre le coeur et touche l'esprit. Comme du lait inondé de miel, c'est à la fois bon et délicieux , et cela réchauffe le coeur. On ne voit plus le temps passer et on dirait que les yeux et les oreilles du public sont suspendus sur les lèvres de l'orateur. Les ohabolana ne se pratiquent pas à la légère. Ils sont choisis pour se conformer avec le contexte et le message qu'on aimerait transmettre ; c'est ainsi qu'ils constituent à la fois une illustration de la parole et une synthèse de ce qu'on aimerait mettre en relief. Aussi, restent-ils toujours d'actualité.

Nos ancêtres appréciaient beaucoup les ohabolana et s'en étaient servis dans leur vie de tous les jours. C'est pourquoi, dans tout ce qu'ils ont fait, qu'il s'agissait de fête ou de deuil, ils utilisaient les ohabolana. On peut voir à travers les ohabolana leur sagesse.
Les ohabolana révèlent le savoir-parler et le sens d'observation des ancêtres. Il ne s'agit pas de parler pour ne rien dire mais des mots mûrement réfléchis et faits pour convaincre. En voici un exemple : akondro iray fototra ny ambanilanitra : ny mamololon-ko raviny, akondro ihany ; ny manondro lanitra ho voany, akondro ihany ; ny miendaka ho raty, akondro ihany (Le peuple ressemble au bananier : tiges développant, ses feuilles, pousses pointant vers le ciel, ce qui seront les fruits ; écorces se détachant, rameaux se courbant sous le poids du régime qui grossit, tout cela c'est encore lui).

Le bananier est une plante que tout le monde connaît. Si celui qui parle veut exposer ici l'union indivisible du peuple, il dirige la pensée vers un bananier. Pourtant, il s'agit d'une image, d'une métaphore, une allégorie en parallélisme avec le peuple, ou plutôt le symbolisant. La place et le rôle de chacun dans la société et dans le milieu où il se trouve sont mis en exergue dans ce proverbe. Ce sont les obligations qui sont différentes, le mode de vie, la façon de voir et de concevoir ne sont pas les mêmes, mais ils sont tous comme un seul corps car ils constituent un seul peuple. Avoir une même provision, c'est avoir une même vie. Parmi eux, il y en a qui seront les feuilles, par contre, d'autres pointant vers le ciel seront les pousses, et à côté, il y a aussi les écorces. C'est l'union de tout cela qui, en partie, fait qu'un bananier est un bananier. Ils vivent tous au même rythme, sont solidaires. Il en est de même pour le développement de la vie en société et du milieu où l'on vit. La prise de conscience de chacun pour être des feuilles, des pousses et des écorces et la volonté collective constituent le chemin qui emmènera vers le progrès.

L'union fait la force, (ny fikambanana no hery) disent les ancêtres, c'est pourquoi, ceux qui sont solidaires ressemblent à une pierre, (izay mitambatra vato), tandis que les désunis comme le sable, (izay misaraka fasika). Un individu ne fait pas un peuple, olona iray tsy mba vahoaka. Quand les gens se disputent la place dans la société et ne savent pas s'entendre, les ancêtres disent : nombreux coqs dans un même enclos : tous veulent chanter à la fois, akoholahy maro an-drova ka samy ta haneno avokoa.

Le rova désigne ici un endroit clôturé par des pieux. Ils aimeraient tous être chefs, c'est ainsi qu'ils chantent en même tant, se battent et se donnent des coups de griffes. Et tout le monde sait que le combat des coqs n'est pas quelque chose de simple, ce n'est pas pour s'amuser mais un vrai combat. Pourtant, les conflits internes ne sont jamais source de bien. Au contraire, ils détruisent l'amitié, voire empêchent l'harmonie de la vie quotidienne. Ny tsihy no fola-mandefitra (c'est la natte qui s'est assouplie une fois pliée). Ceux qui sont unis par une même nation devraient être comme deux frères allant en forêt : il a confiance en moi et j'ai confiance en lui, mpirahalahy mianala ka izaho tokiny ary izy tokiko. La bête qui n'a pas de tête ne marche pas (ny biby tsy manan-doha tsy mandeha), mais si tous voudraient être tête qui serait le corps ? Pourtant, c'est l'union de la tête et du corps qui caractérisent la nation. L'une ne va pas sans l'autre.

Les ohabolana constituent un précieux trésor pour la descendance. Cet article n'est qu'une brèche, juste une étincelle, mais le reste viendra. Que tout le monde ait une longue vie !...

2 votes. Moyenne 3.50 sur 5.

Ajouter un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site