Art populaire (Hira Gasy)

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgHira Gasy

Une certaine Vox Populi

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

hira-gasy2-1.jpgLe Hira Gasy est un art populaire typiquement malgache des Hauts Plateaux.

Sa première appellation a été le Hiratsangana, ce qui veut littéralement dire « un spectacle de chant que l’on exécute et que l’on regarde debout ». IL n’a jamais nécessité d’installation particulière et peut se jouer sur les places de marché ou sur n’importe quel terrain vague.

Forme d'expression artistique, unique à Madagascar et qui reste très populaire, Hira Gasy veut dire littéralement "Chant Malgache".
Plus qu'un simple divertissement, cette tradition originale, mi-théâtre mi-opéra, occupe une place de choix dans le patrimoine culturel de la Grande Ile, notamment dans l'Imerina où souvent, lors des fêtes et cérémonies familiales (naissance, mariage, retournement ...) ou officielles (fêtes nationales ...), au moins une troupe est conviée à assurer une partie de l'animation. En général, une troupe est composée de membres d'un même clan familial ou d'un même clan familial ou d'un même village, leur nombre variant entre 10 et 25. Mais les Mpihira Gasy, pourtant pour la plupart démunis, ne profitent pas seuls de leurs cachets. Ces artistes au grand cœur, portés par une formidable solidarité, prennent également en charge de nombreuses personnes (parents infortunés, personnes âgées...) Sans doute peut on y trouver une explication quant au choix des thèmes. Tous tournent le plus fréquemment autour de l'amour et de la vie sociale: travail, protection de la nature, solidarité, amitié. Mais les textes contiennent toujours un message, au sens profond. Les idées sont présentées et appuyées par le Kabary, prononcé au début de chaque représentation par le doyen de la troupe. Véritable spectacle à lui seul, ce discours donne l'occasion de saluer les ancêtres, remercier le public, exposer le thème et chercher d'emblée à faire la différence avec les rivaux.
Le combat par les mots
Né sur les Hauts Plateaux, le Hira Gasy est néanmoins également très apprécié dans les provinces, au vu des foules que ces spectacles en plein air déplacent, surtout lors de la saison sèche (mai à octobre)
En effet, le temps étant plus frais et sec, le public abonde. Les troupes parcourent alors tout le pays lors de longues tournées, durant lesquelles les représentations se suivent à une cadence effrénée.
Il suffit d'un espace suffisamment important... et une scène naturelle se crée, aussitôt investie par les chanteurs et danseurs aux costumes colorés.
Et partout, les spectateurs fascinés savourent, encouragent, crient leur approbation.
Parfois, plusieurs troupes se retrouvent en un même endroit. Les artistes se succèdent et s'affrontent alors des heures durant.
Chaque élément a son importance dans ces défis: la beauté des costumes, la grâce des gestes, la chorégraphie, la poésie et la philosophie des textes...
Mais point de jury dans cette compétition. Le public, assis en cercle autour de la scène, est seul juge, départageant les troupes concurrentes à l' "applaudimètre."
'Selon la tradition, il semblerait d'ailleurs que le Hira Gasy trouve ses origines dans les concours amicaux de danses et de chants du XVIème siècle.
Aujourd'hui malheureusement, faute de moyens, le Hira Gasy tend à disparaître, portant du même coup atteint au patrimoine culturel malgache dont un élément des plus originaux.
L'origine du HIRA GASY remonterait, dit-on, au temps du règne d'Andrianampoinimerina (1789-1810). Ce grand roi, après avoir réussi (1803) à réunir tout l'Imerina en un seul royaume, usa de tous les moyens pour pouvoir nourrir son peuple : distribution de bêches, création de marchés ... 
Pour agrandir au maximum les surfaces cultivables, il fit construire des digues (Ikopa et Mantasoa). Ainsi prirent forme les rizières du Betsimitatatra. Des milliers de ses sujets y travaillèrent. Pour les encourager, les reposers de leur fatigue mais aussi pour leur donner les directives royales, Andrianampoinimerina envoya ses meilleurs mpikabary (orateurs), chanteurs et danseurs aux chantiers. 
Avec l'accord du roi, comme les travaux duraient, une sorte de roulement s'établit. A tour de rôle, chaque village : Manjakandriana, Ambatomanga, Imamo ..., envoyèrent leurs artistes. Les troupes rivalisèrent de prouesse. Chaque manifestation devint même une occasion pour faire entendre ses meilleures compositions, exhiber ses danseurs acrobates. Des règles furent instaurées : renihira, zanakira, sasitehaka ... 
Le HIRA GASY se joue sous la conduite d'un maître de musique et de la parole. Celui-ci se situe généralement au centre de la troupe qu'il anime, tel un chef d'orchestre. 
Dans un spectacle de HIRA GASY, plusieurs thèmes "INDRAY MIDITRA" peuvent être entendus. Un thème se présente en cinq phases successives bien spécifiques :
le SASITEHAKA : pendant 10 minutes de tambours, d'applaudissements accompagnés de petits cris, les hommes prennent place sur scène, tandis qu'à côté, les dames se maquillent et s'habillent de leur robe d'apparat de couleur rouge vif, vert ou violet ... suivant le choix de la troupe (les costumes portés par les artistes sont à l'image de la tenue vestimentaire qui avait cours au palais durant le XIXeme siècle, un mélange entre le style traditionnel malagasy et la mode vestimentaire importée d'Europe.
le KABARY : le "MPIKABARY", un des artistes, a fait le discours d'ouverture. Il ôte son chapeau et annonce le début du spectacle en invitant les dames à prendre place sur scène. L'entrée est suivie de musique en sourdine puis d'un "KABARY" d'environ cinq minutes introduisant le thème.
le RENIHIRA : est la base du HIRA GASY. Le RENIHIRA développe le INDRAY MIDITRA, le thème : agriculture, mariage, commerce etc ... pendant une heure ou plus, accompagnés des musiciens, les artistes vont chanter et interpréter le thème par gestes.
DIHY : (DANSE) après le RENIHIRA. L'ensemble de la troupe s'assoit à même le sol, tandis que les musiciens s'appliquent derrière les "MPANDIHY" (danseurs). Une petite partition suivie d'un "KABARINDIHY" (discours de danse) annonce le titre de la chanson. deux sortes de danses peuvent être interprétées :
DIHY, exécutée par deux danseurs, souvent des acrobaties,
TSIKANDIHY (DIHY IRERY), exécutée par un seul danseur ou avec une danseuse. Après quinze minutes de danses, un "KABARY" dit "discours de la fin" résume le thème du jour et introduit la fin.
ANAKIRA : (VAKODRAZANA) divertissement d'une vingtaine de minutes avant que la troupe ne quitte la scène.
SPECTACLE DE HIRA GASY :
Pour qu'un spectacle de HIRA GASY soit réussi, deux groupes devront s'affronter et présenter leur "savoir-faire" par alternance (à tour de rôle) en trois entrées ou plus : - première entrée, le "VAKISEHATRA" : les deux troupes présentent chacune un thème bien défini pour mieux affronter la seconde entrée. - seconde entrée, le "ADI-KIHA" : identique à la première entrée mais avec un autre thème beaucoup plus agressif pour mieux animer la compétition. - troisième entrée, le "VAKODRAZANA" qui termine le spectacle. Un spectacle de HIRA GASY peut contenir deux ou trois INDRAY MIDITRA pour chaque troupe et peut durer du matin jusqu'à la tombée de la nuit.
Outre les représentations à caractère profane, occasion pour interpeller la société sur les dures conditions de vie, nous retrouverons les MPIHIRA GASY dans les cérémonies à caractère sacré tel que le Famadihana ou exhumation funéraire, la circoncision et autres étapes marquantes de la vie socio-religieuse Malagasy vivant en milieu rural.

Le Hira Gasy exalte les vertus que chacun se doit de cultiver à l’aide d’exemples tirés soit des « Lovantsofina » tradition orale soit de la vie de tous les jours, ou encore de la Bible. Spectacle moralisateur, il accorde autant d’importance à la parole qu’aux gestes, à la musique qu’aux danses. Pour entretenir de bout en bout l’attention et assurer la bonne réception du message, les Mpihira Gasy se mettent en cercle (Faribolana) de façon à prendre simultanément en charge toutes les parties de l’assistance. Les hommes portent des redingotes de préférence  rouge à revers noirs et ne dédaignent pas y ajouter des galons. Les femmes quant à elles s’habillent en robes longues de couleurs très vives. L’orchestre comprend, outre les percussions qui assurent le support rythmique des danses, violons, flûtes, clarinettes et cuivres. Les musiciens de Hira Gasy constituent d’ailleurs un véritable « show dans le show » par leur virtuosité désarmante rappelant le New Orléans et leur manière parfois insolite de jouer : les violonistes par exemple actionnent vigoureusement  leur instrument tandis que l’archer reste pratiquement immobile, et les clarinettistes préfèrent souffler en mettant l’anche au-dessus. L’orateur doit savoir les mener … à la baguette pour que, à la seconde voulue, le miaulement d’un violon qui a rarement connue la colophane ou le roulement martial des « langoraona » (caisses claires) viennent corroborer ses dires. A mesure que l’on s’approche des danses la marée des cuivres se fait envahissante.

Les danseurs enfin s’agitent. Ils ajustent le lamba qu’ils ont noué autour des reins et prennent par deux ou par trois le devant de la scène. L’attention se rive sur ces silhouettes  pourpres et dominatrices qui esquissent d’abord un léger balancement d’un pied à l’autre. Le regard étrangement absent dénote une intense concentration. Et c’est la grande envolée, les jambes fendent l’air, les bras décrivent des figures géométriques  ou miment le vol de l’oiseau, les pieds martèlent le sol avec une synchronisation telle qu’on en arrive à oublier que le vacarme provient en fait des tambours. Les sauts se terminent invariablement par un rétablissement dans une position à demi-agenouillée. Le public exulte et curieusement les dieux sans doute ramenés de leur monde par les clameurs redeviennent  des hommes. La sueur perle, les mâchoires se crispent mais le maintien est toujours aussi fier. Car un Mpihira Gasy ne ploie jamais, et cet après-midi la recette sera bonne.

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