Cultures et Arts Traditionnels

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpg   Madagascar Île Exotique

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

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Les sociétés culturelles malgaches : l'ethnographie de Madagascar (musicologie, danses, arts folkloriques) et le fonds Grandidier
Augustin FARALAHY, Enseignant-chercheur, Parc Botanique et Zoologique de Tsimbazaza faralahy_augustin@yahoo.fr.

Résumé
La découverte de Madagascar a permis aux autres nations de mieux connaître la grande île.
Parmi ces gens figurent en bonne place Alfred et Guillaume GRANDIDIER qui sont arrivés à collecter et inventorier des documents et des sources d'informations pour nous aider à connaître, à faire connaître et à comprendre la culture malgache dans laquelle musique, chants, danse, et arts folkloriques occupent une place importante.
Dans toutes les cérémonies malgaches (festives ou funéraires), chants, danse, musique ont toujours leurs rôles à jouer selon les circonstances.
Cette affirmation est vérifiée dans les documents du fonds Grandidier, instrument de travail efficace pour situer les sociétés malgaches par rapport aux temps qu'elles ont traversés.

Introduction
Depuis la découverte de la grande île par des étrangers (arabes, européens, asiatiques, etc.), des périodes se sont succédées et ont marqué l'histoire de Madagascar. Du 17e au 20e siècle, période pendant lesquelles ont été collectés et inventoriés des documents par les Grandidier (Alfred et Guillaume), nous avons des sources d'informations sur la culture malgache.
Une étude de la valeur culturelle des documents répertoriés dans la base de données du fonds Grandidier nous permet de travailler sur la musicologie, les danses et les arts folkloriques.
Nous tenons à signaler que 95 % de ces ouvrages sont écrits par des auteurs étrangers de divers horizons : des navigateurs, des missionnaires, des pirates, des commerçants, des administrateurs, des militaires, des chercheurs… et 5 % seulement sont dus à des malgaches.
Le fonds Grandidier nous aide alors à mieux appréhender les sociétés culturelles malgaches d'une part, et à fournir des documents de recherche concernant la musique, la danse, et les arts folkloriques d'autre part.
Ceci nous permet donc d'ouvrir la voie sur la recherche de l'originalité et de l'identité culturelle malgache pour attirer par exemple les touristes sur Madagascar.

Méthodologie
S'agissant spécifiquement de la musique, de la danse et des arts folkloriques, il est nécessaire de préciser que ces sous thèmes font partie de la culture malgache, et nous permettent de mesurer la dimension culturelle de la société, avant, pendant et après la colonisation.
Après avoir fait l'inventaire des ouvrages du fonds Grandidier touchant la culture malgache nous pensons avoir situé la place occupée par la musique, la danse et le folklore dans notre communauté.
Ainsi à Madagascar, il y a des chants et musiques réservés aux funérailles, en hommage au roi, joués pendant le culte de possession et ceux destinés  aux cérémonies festives.(Cf. Flacourt E., cote : 1884 (8) ; réf. Bib de n° 57 à n° 83)
La transformation des sociétés culturelles malgaches est due à l'arrivée successive d’étrangers et a eu un impact fondamental sur leur vie quotidienne : la façon de parler, de chanter, de danser, de s'habiller, de se coiffer…; mais heureusement quelques communautés ont quand même pu garder leur mode de vie traditionnel. Il en est ainsi par exemple des Zafimaniry réputés pour leurs sculptures anciennes, des Antandroy et des Sakalava qui se distinguent par leur façon d'ornementer les tombeaux, de se coiffer, de chanter et de danser.
La plupart des ouvrages du fonds Grandidier traitant de ces disciplines sont cités toujours par Flacourt (réf.Bib n° 60 à 85). En effet, on a pu remarquer dans ces documents que les langues étrangères ont aussi laissé d'importantes traces sur la civilisation d'un peuple, et sont parvenus à faire partie de ses valeurs culturelles : des langues maternelles sont des dialectes mélangés avec le français, l'anglais, l'africain, l'asiatique ou l'arabe, etc.
Dans la collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (COACM) du fonds Grandidier, la grande île a connu des périodes lui permettant d'avoir eu sa propre histoire dans le monde, et par ces mêmes ouvrages, le fonds Grandidier est donc un instrument de travail efficace pour situer les sociétés malgaches par rapport aux temps qu'elles ont traversés.

Analyse
La musique, la danse et les arts folkloriques sont d'abord des éléments fondamentaux de la culture de l'homme parce qu'ils occupent une place importante dans sa vie quotidienne.
Par conséquent, les documents du fonds Grandidier nous donnent l'occasion de nous rendre compte que les auteurs n'ont pas fait d'analyse descriptive détaillée, ils citent seulement la présence des chants et musique dans les cérémonies.
Parmi les 165 ouvrages inventoriés, 59 seulement parlent de :
•    la musique: 24 ouvrages (cf. : Jorgensen, S.E. ; Bellaigue, Camille ; Leblond, Marius-Ary ; Rajaona, H. ; Landeroin, J. ; Rasoanaivo, Charles ; Cremazy, Laurent ; Richardson, J. ; Gautier ; Judith ; Sibree, James ; Caro-Delvaille, H. ; Barry ; Flacourt, Etienne de ; Dandouau, A. ; Besson ;)
•    la danse: 13 ouvrages (cf. : Antsihanaka, J. ; Dunier, Robert ; Sibree, James ; Flacourt, Etienne de ; Dandouau, A. ; Besson)
•    les arts folkloriques: 22 ouvrages (cf. : Antsihanaka, J. ; Flacourt, Etienne de ; Nikitine, B. ; Chavannes, Edward ; Jorgensen, S.E ; Sibree, James ; Tharaux, Jérôme ; Bellaigue, Camille ; Richardson, J. ; Nelly ; Dandouau, A. ; Besson.
Mais pourtant, ces ouvrages du fonds Grandidier obligeront quand même les chercheurs à orienter plus profondément leurs travaux afin de sortir des documents scientifiquement complets.
D'après le fonds, Madagascar bénéficie d'une culture un peu particulière, du fait qu'elle a été occupée par des populations de diverses origines (Africains, Arabes, Asiatiques, Européens, etc.) expliquant ainsi la diversité de ses chants, musiques, danses, et arts folkloriques.
Si certains traits permanents, dont résulte le génie propre de la musique malgache, se retrouvent partout dans l'île, il n'est pas moins vrai que, de population à population, les différences de style soient considérables. Aussi la musique de Madagascar se présente-t-elle, dans son ensemble, comme une série de variations comprises entre deux systèmes : un style océanien d'une part, un style africain d'autre part, tous deux reliés par une chaîne ininterrompue d'intermédiaires où prédomine diversement l'un ou l'autre.
Le Centre et l'Est héritent du style de danses, chants et musiques asiatiques ; le Sud et Sud-Ouest, du rythme Sud Africain ; l'Ouest des gammes Africaines et Arabes, de même que pour le Nord.
Nous donnons ci-après quelques définitions des mots clés selon les ouvrages du fonds Grandidier :
MUSIQUE : art de combiner les sons
DANSE : suite rythmée de gestes et de pas
FOLKLORE : ensemble des traditions, légendes, chansons et usages populaires d'un pays
MUSICOLOGIE: est une discipline qui consiste à faire des recherches sur l'histoire de la musique ; cette musique dont l'origine est la voix humaine et que jadis il a imitée des chants d'oiseaux dans la forêt à partir desquels il avait l'idée d'inventer les instruments de musique tels que :
•    Le TAMBOUR (amponga) à deux peaux, qui accompagne d'habitude les groupes folkloriques ou les groupes de flûtistes en plein air. C'est un instrument de la catégorie des membranophones - peau de zébu ou de mouton (d'origine européenne 19e siècle). Corps en bois. Usage: La main gauche tient le tambour par la corde de suspension pendant que la main droite frappe la peau avec une baguette à coussinet, le joueur peut utiliser une deuxième baguette en bois qu'il tient entre l'index et le majeur de la main gauche pour frapper l'autre peau, cette peau produit ainsi un son discret en contretemps ou en syncope avec la membrane droite.
•    Le VIOLON (lokanga) instrument de la catégorie des cordophones ainsi que le CITHARE (valiha) : une sorte de bois d'ébène ou d'autre bois dur, sur lequel sont tendues deux ou trois cordes de manière à le recourber, et à l'une des extrémités duquel est fixée une gourde creuse ou calebasse.
•    La FLUTE (sodina) instrument à vent autonome dont le son est produit par l'ébranlement de la colonne d'air que contient le tube sous l'action du souffle.
•    Les différents degrés de l'échelle musicale sont obtenus par l'obturation ou l'ouverture des trous forés dans la paroi. Le tube de la flûte, qui est en bambou ou en roseau est perforé de six trous de jeu (absence de trous dorsal) (d'origine arabe).
•    L'ARC MUSICAL (jejolava) arc musical et hochet, composé d'une corde métallique (élément de frein d'une bicyclette) tendues entre les deux extrémités d'une tige de bois courbée en force, d'un mètre cinquante de long, et d'une boite de lait condensé vide formant résonateur, fixé vers l'extrémité inférieure de l'arc (le résonateur contre le ventre) (d'origine africaine).
•    LE MAROVANY ou VALIHA (cithare sur caisse) instruments de musique de la catégorie cordophones, autonome dont le son est produit essentiellement par pincement des cordes (éléments de frein d'une bicyclette) au nombre de 8 ou 10 de chaque côté, tenues par des clous sur les deux extrémités chacune et alternées par des chevalets mobiles lui donnant ainsi des sons différents (d'origine indonésienne).
•    L'ACCORDEON a fait son apparition à Madagascar pendant la période coloniale et devient l'instrument de musique le plus utilisé jusqu'à nos jours.
Flacourt a mentionné dans quelques uns de ses écrits que les malgaches aiment chanter, danser, jouer, chasser et pêcher.
Voici quelques exemples de chants et danses folkloriques :
•    Le KINETSANETSA : c'est une danse gaie aux mouvements rapides ; elle est spécifique chez les Vezo (Morombe)
•    L'ANTSA : chant avec chœur et partie solo dominante (Menabe)
•    Le BEKO : chant avec chœur et partie solo réduite (Androy)
•    Le TOSY : la musique est ici fournie par une voix d'homme et un accordéon, accompagnés par un tambour à deux peaux, un hochet et des claquements de mains ; c'est une ronde dansée sur un mouvement assez lent, comparativement aux autres mouvements adoptés au cours d'une séance. Les paroles de la mélodie pour voix d'homme seul, sont simples, banales, comme souvent dans les chansons à succès humoristiques.
•    Le DJIHE : chant humoristique Masikoro et Vezo ; duo pour voix d'homme et de femme ; c'est une sorte de joute verbale poétique chantée, elle se chante à plusieurs : le groupe est divisé en deux parties (souvent de sexe opposé) et chacune des parties doit rivaliser en improvisations scabreuses et humoristiques visant à décontenancer la partie adverse, des fois celui qui dirige le chant choisit une personnalité comme tête de turc, les improvisations sont alors reprises à plusieurs voix.
•    LE CHANT SAKALAVA (Nord, Nord-Ouest)
•    Les chœurs de femmes des populations Sakalava du Nord - Nord Ouest, se distinguent de ceux des hommes par une bien plus grande véhémence. Ils sont un des aspects les plus accomplis de l'art malgache. Chœur, double chœur, ou chœur alternant avec un soliste, leur polyphonie est d'une grande magnificence harmonique. Ils sont accompagnés de battements de tambour et des mains des femmes, sur un rythme très précipité qui ne manque pas de violence. Il arrive parfois qu'en même temps que se succèdent les couplets, alterne avec ce rapide débit des coups non accentués, un battement plus lent où toutes ensemble marquent le temps fort.
Voici l'exemple d'un des plus anciens chants sakalava qu'Alfred Grandidier a pu sélectionner dans son ouvrage : " Instruments de musique, danses et chants " Volume 3 et 4.
"AMBOROMALANDY"    
- Lasiten'Amboromalandy é!
- Sakalava raha adala mba tia seza
- Lambosin'olombelo mariny teheza
- Lasiten'Amboromalandy é!
-Tany landy fitsaboana fary
- Ny ampamorik'ireo mandeha sasakaly
- Lasiten'Amboromalandy é!
- Tomany gidro malahelo kofy
- Manarato voromaiky te hihina fanihy
- Lasiten'Amboromalandy é!
- Pake siky mana anara bahara
- Rehefa lavitry manantena dinasa
- Lasiten'Amboromalandy é!    - Le pont d'Amboromalady eh!
- Les sakalava bien qu'arriérés aiment s'asseoir sur des chaises
- Les dos des hommes est près des côtes
- Le pont d'Amboromalandy eh!
- Terre blanchâtre où l'on plante la canne à sucre
- Ces sorciers sortent au milieu de la nuit
- Le pont d'Amboromalandy eh!
- Les lémuriens gidro pleurent pour les lémuriens kofy
- Prendre au filet l'oiseau voromaiky en voulant manger des roussettes
- Le pont d'Amboromalady eh!
- Un paquet de tissu a comme nom bahara
- Quand on est loin arrière on espère être attendu
- Le pont d'Amboromalady eh!  
La musique et les chants entraînent un état matériel et moral "primitif" plus ancien que nous ne saurions l'imaginer, mais qui surtout vit notre présent.
Le savoir-faire traditionnel malgache a été aussi cité dans le fonds Grandidier.
Comme les nattes faites de brins tissés, croisés à deux puis deux sautés.
Des points fantaisies forment des motifs géométriques, les matériaux utilisés sont les joncs suivants : zozoro , herana, satrana, harefo. Sur les bords, les brins sont repliés, tissés et cousus avec un brin de raphia à l'aide d'une aiguille de bois à chas. Elles ont diverses utilisations dans le mobilier de maison traditionnelle, pour dormir, manger, accrocher au mur dans un but décoratif. Il y a aussi le van (sahafa), le pilon (fanoto ), le mortier (laona) et les pots en pierre.
Les Malgaches aiment aussi pêcher, chasser et jouer.
Pour la pêche en mer ils se servent du harpon et pour pêcher en eau douce, des nasses dormantes pour pousser les poissons vers les paniers en frappant l'eau avec des feuilles, ou des nasses à une ou deux entrées successives, l'ouverture parfois élargie par un entonnoir en filet.
Les Malgaches chassent, non pas par plaisir mais par besoin (pour se nourrir), ils se servent, de la sarbacane, arme de la forêt de l'Est qui s'est répandue dans tout Madagascar, les enfants s'en servent pour tirer les oiseaux de près, parfois avec une fronde, qui est une arme typiquement Antandroy, et utilisée dans une bonne partie des prairies découvertes de l'Ouest.
Depuis 1658, Flacourt a été frappé par la similitude des coiffures masculines et féminines, et a écrit : « il est difficile de distinguer par la tête un homme d'une femme, car les hommes portent et accommodent leurs cheveux ainsi que les femmes. Qu'ils soient lisses, crêpés ou crépus, les femmes malgaches ont l'habitude de tresser leurs cheveux surtout avant une cérémonie.
Il y a diverses sortes de tresses :
Le dokodoko, le rosarosa, le kipetaka, le kivona, le randrana, etc.
On peut distinguer une femme célibataire d'une femme mariée de par sa façon de tresser ses cheveux. »
Le fonds Grandidier joue alors un rôle important pour la conservation des documents concernant l'histoire de Madagascar en général et la culture malgache en particulier, une culture qui subissait et continue à subir jusqu'aujourd'hui toutes sortes d'influences étrangères (croyance, mode de vie) mais qui, heureusement n'a pas réussi à faire perdre sa valeur culturelle et son authenticité. Le fonds Grandidier profite aux chercheurs qui veulent travailler sur l'avenir de la culture malgache. Il permet aux étudiants de se documenter et informe le public des temps traversés par Madagascar depuis la période des royaumes jusqu'à la colonisation française.
Conclusion
Pour que chacun puisse enfin retrouver son identité culturelle, le gouvernement malgache doit mettre en exergue dans son programme national l'appui à la recherche sur le patrimoine culturel.
L'enseignement des chants et musiques traditionnels depuis l'école primaire.
Inciter les médias à diffuser beaucoup plus sur leurs chaînes tout ce qui touche à la culture malgache.
La conférence de l'Unesco à Mexico en 1983, a d'ailleurs confirmé tout ce que nous venons de proposer, par les quelques recommandations suivantes :
L’accès à la culture est un droit fondamental et chaque individu a droit à la reconnaissance de sa culture, de son identité, à condition qu’il respecte celles des autres.
La protection du patrimoine national tant matériel qu'immatériel est une priorité nationale.
Enfin, pour aider les lecteurs à mieux comprendre et faciliter la recherche des documents du fonds Grandidier sur la culture malgache, nous vous présentons ci- après  les références bibliographiques y afférentes.

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