Sakalava

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgSakalava

"Ceux de la longue vallée"

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

 

L’origine du peuple sakalave, qui occupe toute la partie ouest de Madagascar, est entourée du plus profond mystère en dépit de quelques indications données par Flacourt (1661) et Drury (1687-1743). Les traditions orales, généralement ornées de traits légendaires et conservées par des vieillards dont c’est toute la gloire, quelques coutumes religieuses et, en particulier, le Tromba sont tout ce qu’on a pour essayer de soulever un peu le voile derrière lequel, du reste, il n’y a peut-être rien de spécialement intéressant.

Ce serait une erreur que de considérer les Sakalaves comme formant une grande tribu homogène. Non seulement ils sont divisés en deux groupes dénommés d’après leur habitat : le Menabe et le Boina – l’Ambongo étant compris souvent dans l’une ou l’autre région ou partagé entre elles – ; mais ils forment une mosaïque de petites tribus qui ont été toutes plus ou moins indépendantes les unes des autres et souvent en guerre ouverte les unes avec les autres. Ils ne représentèrent jamais une peuplade unique et relativement nombreuse, même avant l’arrivée des Antalaotsy ; et ces derniers durent renoncer à mettre la main sur eux et à les réduire en esclavage.

Le nom même qu’on leur donne aujourd’hui est celui d’une tribu originaire du sud et qui, par son courage, sa volonté, aidée sans doute des circonstances, sut s’imposer à ses voisines et peu à peu les subjuguer.

Les Sakalaves commencèrent leur marche conquérante vers la fin du xive siècle sous la conduite d’un certain Andrianalimbe. Mais si l’on trouve ce nom ici et là dans les travaux de plusieurs malgachisants, il est impossible d’en retrouver la trace dans les traditions, du moins dans celles que nous avons pu nous faire conter. Parmi les esprits se révélant par le Tromba, on trouve, mais rarement, un certain Andriamaizimbe qui pourrait bien être Andrianalimbe, les deux noms ayant un même sens et Andriamaizimbe étant considéré comme le Tromba le plus lointain, si ce n’est le plus renommé. C’est son fils ou petit-fils qui accentua le caractère conquérant de la tribu ; mais celui-ci aussi – Andriamandazoala – est absolument inconnu ; on le retrouve, cependant, mentionné dans les cérémonies du Tromba où il est considéré comme un Moasy guérisseur remarquable, et même comme un Zanahary an Hiboka ou « dieu dans le ciel ».

En réalité, la tradition ne remonte pas plus haut qu’Andriamisara ; et encore à son sujet y a-t-il des hésitations. Pour les uns, Andriamisara est sorti de la mer et s’est imposé à la tribu sakalave. Il en fit une tribu invincible. Pour d’autres, il est descendu du ciel et, son œuvre accomplie, il y est remonté. Une troisième hypothèse – indigène, elle aussi – est fondée sur des raisons religieuses et étymologiques. Andriamisara serait un Ombiasy qui suivait le roi d’une tribu du sud et qui, par ses ody, lui assurait la victoire. À la mort du roi, il en aurait pris la place. Quant à son nom, il le devrait à son habitude de rechercher sans cesse et d’acheter perpétuellement de nouveaux ody (Sara : achat ; misara : acheter ; andriana : noble, grand). De son vrai nom il s’appelait Tofotra : mot traduit en hova par Tafita et en français par « a passé » sous entendu : « la mer ». De ce récit, transmis par une tradition ou inventé de toutes pièces, il y a lieu de rapprocher les aventures de Drury qui sut jouer, à l’occasion, le rôle de sorcier. Enfin on déclare qu’Andriamisara était blanc, ce qui aide à croire que les premières indications ne sont point de pure imagination. Il est arrivé en plus d’une circonstance que des voiliers firent naufrage sur les côtes inhospitalières de notre île et que tels individus purent, à force d’audace et d’habileté, ou simplement profitant de l’ignorance du noir, s’imposer comme chefs de clan.

Il semble bien, dans tous les cas (qu’il s’agisse des trois personnages indiqués, ou d’un seul d’entre eux), qu’ils étaient d’origine européenne ou au moins arabe. Drury raconte avoir vu une princesse blanche ; et aujourd’hui encore la suprême preuve qu’on donne comme décelant le Sakalave, c’est son teint cuivré, c’est-à-dire fortement hâlé. Cela réduit le nombre des membres de la tribu à bien peu de chose et indique sa puissance d’assimilation.

Ce n’est point ici le lieu d’entreprendre une discussion au sujet de l’étymologie du mot Sakalava. Il n’est lui-même pas plus vieux que les conquêtes de ceux qui le portent. Peu à peu il remplaça les noms des diverses tribus subjuguées ; de ces noms, beaucoup sont parvenus jusqu’à nous ; et l’on retrouve des individus qui les portent et même se réclament de droits plus anciens que ceux des rois sakalaves.

Ce fut d’abord le Menabe qui fut envahi par le fils ou petit-fils d’Andriamisara : Andriandahifotsy. Celui-ci eut des fils, craignit pour sa couronne chèrement acquise ; et il envoya plus au nord celui de ses enfants qui lui paraissait le plus à craindre ou le plus entreprenant. Andriamandisoarivo est son nom. Ce fut la conquête du Boina. À son tour Andriamandisoarivo envoya ses fils plus au nord ; et c’est ainsi que, de Tuléar jusqu’à la montagne d’Ambre, s’établit l’hégémonie sakalave. Ce fut pendant plus d’un siècle une longue série de combats où même les Arabes, fortement installés sur la côte, à l’embouchure de la Mahavavy, furent vaincus.

Andriamandisoarivo mourut, laissant un nom aimé et respecté. On voua un culte à sa mémoire, comme il avait voué, de son vivant, un culte à ses ancêtres. Il avait conservé les cheveux, les ongles, quelques ossements de son père, qui lui-même en avait quelques-uns d’Andriamisara. Son fils Andrianamboniarivo recueillit ces reliques, en y ajoutant les restes de son père. Ses propres restes devaient être un jour traités avec autant de vénération, et ce sont ces débris qui forment le quatuor d’idoles nationales connues aujourd’hui sous le nom unique d’ « Andriamisara efa-dahy ».

Il serait sans intérêt, pour l’objet qui nous occupe ici, de continuer cette nomenclature des rois sakalaves ; mais il était nécessaire de rappeler comment s’est développée cette petite tribu dont les chefs peuplent aujourd’hui l’Olympe Sakalave, sont servis, invoqués, à l’égal de Dieu même dont, en dépit de timides dénégations, ils ont pris le nom et la place.

Les Maroseraña sakalava :
Dans une histoire encore lacunaire ayant tout juste reconnu leur «aînesse» aux Marosaraña (ou Maroseraña) de la région mahafale, en pays malagasy, sur ceux de la région du Menabe, en pays sakalava, sans doute convient-il surtout de retenir que l’on est, aux 16e et 17e siècles, en présence de groupes fondateurs de dynasties, qui, ayant probablement été unis dans le passé, dans un même mouvement d’expansion du sud-est vers le nord-ouest, se trouvaient alors séparés par le royaume masikoro s’étendant désormais de l’Onilahy au Mangoky.
S’installant comme leurs «aînés» chez des agriculteurs-éleveurs reconnus tompon-tany, «autochtones maîtres de la terre», les Maroseraña sakalava, tout aussi animés par une idéologie patrilinéaire favorisée par l’influence arabo-musulmane et tout aussi prompts à s’offrir en dispensateurs de paix, allaient se signaler par la mise en œuvre de stratégies dont la réussite s’inscrira même, au delà de leur territoire, dans tout l’Ouest malgache, des bords du Mangoky jusque dans l’Extrême-Nord des Zafinifotsy antankarana.

Au 17e siècle, le développement de la traite européenne, pourvoyeuse en armes à feu et demandeuse d’esclaves, allait multiplier les razzias et amplifier l’insécurité, si bien que la «conquête sakalava» se trouva d’emblée inscrite dans une région qui aspirait à bénéficier de la protection promise par de nouvelles dynasties, dont les chefs étaient réputés «Dieux sur terre» (Zanahary an-tany).
Il convient cependant, pour bien saisir les faits, de souligner qu’il s’agit là d’une région où, sans être à proprement parler «nomade» comme on aime encore à la présenter, la population était saisonnièrement appelée à se déplacer pour assurer sa subsistance.
Car tous – et non seulement les cultivateurs – étaient tributaires du climat et des saisons, tant chez les éleveurs, dont les troupeaux étaient voués à la «transhumance», que chez les pêcheurs, entraînés par la migration des bancs de poissons.
C’est ainsi que la confiance accordée aux Maroseraña prit source dans les pouvoirs religieux dont ils furent crédités – sur la foi de la présentation qu’en faisaient les ombiasy autochtones, dûment «chapitrés» par les misara agissant à leur profit.
Aujourd’hui encore, c’est autour du Fitampoha, cérémonie venue du fond des âges de l’Asie du Sud-Est et par laquelle beaucoup connaissent le Menabe, que peut se trouver réuni le peuple sakalava.

Le Fitampoha

Quoique sa célébration ait longtemps été interdite à l’époque coloniale et que sa réalisation soit aujourd’hui difficile – ne serait-ce que par son coût –, le Fitampoha ou Bain des reliques des ancêtres royaux est une institution demeurée signifiante dans le Menabe, manifestant la survivance des conceptions religieuses.
La possession des reliques conférant la légitimité ancestrale à ses détenteurs, de ses rois dieux et prêtres qui bénéficient de secondes funérailles (tsiritsy) avant d’être définitivement mis au tombeau (trano vinta), on y confectionne des reliques (dady) que les héritiers conservent, à Belo-sur-Tsiribihina, dans une maison (zomba) réservée à cet usage. Pour garder leur efficacité cependant, les reliques doivent être périodiquement baignées, car le hasina, leur vertu divine, est censé à défaut s’affaiblir peu à peu.
Fête dynastique célébrée sous la conduite du roi régnant – car la royauté sakalava n’a jamais été abolie –, le Fitampoha a pour fonction de réaffirmer le pouvoir divin des rois et, par la participation de leurs représentants, de confirmer les allégeances des divers groupes aux souverains ; mais aussi fête agraire, pour qu’à nouveau tombe la pluie, que fructifient les cultures, que croissent les troupeaux et qu’enfantent les femmes, il devait purifier le monde des souillures déposées par la mort.
Idéalement tous les ans, au début de la nouvelle année agraire, le Bain est répété, au moment de la pleine lune, après une semaine de festivités où les Grands du royaume rejouent l’origine du monde et l’arrivée des Princes sur cette terre. Sorties du zomba un vendredi, les reliques des rois ou dady sont portées au bord de la Tsiribihina. Ce n’est pas une tâche neutre confiée à n’importe qui. Comportant de lourdes contraintes, le soin de prendre sur le dos les reliques de chaque roi est une charge attribuée à un mpibaby issu du groupe vohitsy be «grand roturier» auquel appartenait la femme qui l’avait enfanté.
Pendant une semaine, sur le sable stérile d’une grève magiquement originelle, elles sont déposées dans le rivotse, construction de toile représentant une maison au faîtage orienté sud-nord et ayant, comme les zomba, une entrée au sud.
A l’ouest du rivotse, des cases de paille à toit plat et ayant une ouverture au sud-est sans battant de porte, accueillent les participants qui vont rejouer le chaos des origines, les orientations cardinales étant alors inversées et les abris représentant ce qu’on imagine avoir été leurs habitations, avant que les Princes n’aient apporté du ciel le modèle de la maison civilisatrice.
Après une semaine de festivités et rituels, le vendredi au matin, les dady sont portés – toujours par leurs mpibaby attitrés – jusqu’au fleuve où ils sont baignés. Alors seulement, les orientations cardinales retrouvent leur valeur, les Rois ayant remis le monde en ordre. Et, mettant fin à la saison sèche, la pluie tombe dans la nuit qui suit. Ainsi, les rois-dieux et rois-prêtres du Menabe, ayant pris la succession des ritualistes d’avant les Maroseraña, ont redonné vie au monde comme dans les temps anciens.

Des temps anciens

Nullement d’invention sakalava et encore moins maroseraña, la confection de dady et leur reconsécration périodique sont des pratiques appartenant au vieux fond commun de la culture malgache, et qu’on peut encore retrouver en d’autres régions. D’ailleurs, comme ces autres régions, le Menabe célébrant le Fitampoha se souvient de ses anciens habitants, représentés notamment par
des Mikeha et des Vazimba aux ancestralités (raza) inchangées.
On ne peut manquer de relever, à ce propos, que les Mikeha, dont certains auteurs ont fait à tort des chasseurs-cueilleurs, simples prédateurs des ressources naturelles tout droit issus de la préhistoire, poursuivent en fait, ayant trouvé place dans la nouvelle organisation sociale, les activités des chercheurs de «feuilles d’herbe» des premiers temps de l’occupation.
Quant aux Vazimba, que leurs rituels et la place qu’y occupe le bananier inscrivent sans conteste dans une très vieille tradition de société agricole, leur représentant est toujours appelé aux séances du conseil royal organisant le Fitampoha. De leurs ancêtres dont on se souvient qu’ils donnèrent autrefois – avant d’y connaître la défaite qui les ramena en ces terres d’origine de l’Ouest (niankandrefana, nody an-tanindrazany) – des princes et des rois à des régions qui comptèrent l’Imerina, on sait qu’ils furent des puissants, dont les tombeaux ont toujours été respectés. Et c’est aux esprits (jiny) de leurs anciens princes que continue d’être consacré le jeudi où, comme de leur temps, l’on ne travaille ni n’enterre. Car d’avoir ensuite accordé le vendredi
aux rois maroseraña ne donna pas d’office le droit d’abolir ce qui avait alors été consacré.
Enfin, s’agissant des multiples raza entre lesquels se trouva répartie la population dès les premiers temps des Maroseraña, ce n’étaient pas les clans que des chercheurs idéologues avaient cru y déceler. Admissible pour certaines raza aux petits effectifs, ce ne pouvait être le cas pour celles qui, résidant dans le centre de la région, étaient maîtresses de terres dispersées sur l’ensemble de la zone et jusqu’à ses périphéries les plus lointaines. Et l’on peut de fait se demander s’ils n’étaient pas issus d’anciens groupes aristocratiques d’une principauté ou d’un royaume antérieur.

La prise de possession

C’est à Benge, sur les bords de la Sakalava, dont la dénomination s’est ensuite étendue à tout l’Ouest de l’île, que les Maroseraña établirent leur première capitale et qu’ils commencèrent à rassembler les terres du royaume du Menabe.
La cérémonie de création de la cité, comme pour celle de Miary (près de Tuléar) par les Andrevola, requit les services de misara, des ombiasy dont les premiers avaient été en contact avec des devins d’outre canal de Mozambique. Comme les ancêtres des grands groupes étaient devenus les maîtres (tompo) de leur territoire par la consécration d’un tony, les Maroseraña vont consacrer le tonin’ampanjaka de leur royaume. Ce tony fondateur nécessita un sacrifice humain, celui d’un bœuf rouge de la couleur du pouvoir royal et l’érection d’un hazomanga en fer marquant la rupture de l’interdit qui frappait ce métal. A la différence des «prises de possession» auxquelles se livrèrent les envoyés des princes européens au 17e siècle, la «conquête» ici ne résultait ni d’une suprématie militaire, ni d’on ne sait quelle autoproclamation : elle était religieuse, et il y fallait l’accord préalable et la collaboration permanente de ceux qui allaient devenir les sujets des rois.
Si les Maroseraña obtinrent l’un et l’autre, c’est qu’ils s’étaient alliés par mariage aux grands groupes de la région, qui étaient maîtres de la terre (tompon-tany) dont ils avaient autrefois pris religieusement possession et pour laquelle ils assuraient l’accomplissement des rituels nécessaires.
Fils d’une Andrambe, Andriamandazoala «Prince qui flétrit la forêt», prit deux femmes chez les Hirijy. De ces mariages étaient nés Andriamandresy et Andriamisara dont les descendants – ou ceux de la sœur née d’une troisième femme restée non identifiée, suivant une autre tradition –, ayant pris femme dans d’autres groupes tompon-tany, constituèrent les Maroseraña de l’Ouest.
Quand les Grands des tompon-tany donnèrent leur accord, ce n’était donc pas, après une défaite, à des chefs de guerre vainqueurs, mais à des gendres et neveux susceptibles, en devenant roi régnant, de faire bénéficier la communauté des bienfaits de leur statut de Dieu sur terre (Zanahary an-tany). Mais, en tant que masondrano ou gouverneurs, ils restaient les maîtres de leur territoire.
L’accord de quelques membres des belles-familles ne suffisait certes pas pour l’établissement du tony. Il y fallait aussi celui des spécialistes des rituels dans la région. En effet, dans toute région où l’homme avait été présent à Madagascar, il y avait consacré des lieux et laissé aux siens les recommandations à respecter dans l’avenir.
En l’absence d’un cadastre ayant enregistré ces décisions (didin-drazana), le nouvel arrivant, complètement désarmé, ne pouvait rien faire sans guide ni conseil. Aussi, dans leur avancée, les Maroseraña ne pouvaient-ils qu’avoir recours aux ombiasy connaissant le pays et à leurs alliés, car ce sont les mêmes raza que l’on trouve dans le Fiherena, la région de Benge et le reste du futur Menabe. En la circonstance, les trois ombiasy étaient des spécialistes, l’un du ciel, l’autre des hommes et de la terre, le troisième du monde souterrain.
Enfin, les victimes nécessaires à la consécration du tony –charme fondateur assurant la paix – devaient être fournies par les futurs sujets comme gage de leur demande, qu’il s’agisse de la victime bénévole du sacrifice humain, léguant aux siens des privilèges totalement hors du droit commun, ou qu’il s’agisse du bœuf rouge signifiant par la couleur de sa robe la donation du pouvoir aux Maroseraña.
Outre qu’il concernait les relations avec des hommes qui se reconnaissaient un souverain – ce qui ne veut pas dire qu’eux-mêmes ou leurs ancêtres n’en aient pas eu dans le passé –, la consécration du tony de Benge définissait la nouvelle carte politique de la région, en attribuant le Fiherena aux Andrevola et l’intérieur des terres aux Zafimanely.

Le Grand Siècle d’Andriandahifotsy

En arguant de leur ascendance maternelle dans la logique ancienne, les enfants d’Andriamandazoala auraient pu se déclarer d’emblée tompon-tany, maîtres de la terre du Menabe. Le récit – mythique ? – du meurtre de son oncle Maharara «Qui a le pouvoir d’interdire» par Andriandahifotsy, fils d’Andriamandresy ou de sa sœur, indique bien le désir maroseraña d’échapper aux règles de leurs familles maternelles.
C’est ce meurtre qui expliquerait que, dans le premier tiers du 17e siècle, il ait quitté Benge pour s’établir plus au nord dans l’ancien centre politique de la région, là où, notamment, étaient installés les anciens groupes des Vazimba, des Antanandro et des Antamby. C’est cependant en prenant épouse dans tous les grands groupes autochtones de ce Menabe central que le grand roi donna au royaume ses limites historiques et que, à partir de ces épouses, il ordonna les rangs de la hiérarchie qui classe ses descendants.
De sa première épouse, une Andrasily, il eut deux fils ancêtres des Andriambolamena « Princes de l’or », que sont aussi les descendants de son oncle Andriamisara, qui avait de lui-même renoncé au pouvoir. Du premier des fils, écarté du pouvoir par son père, sont issus les Maromany du Menabe ; du second, devenu roi du Boina, les Zafimbolamena du Nord-Ouest. Mais c’est Ratrimolahy, fils de Rahomañitse, une Sakoambe qui sera seule à être accueillie dans le tombeau royal, qu’il désigna pour lui succéder dans le Menabe.
Les enfants de ses autres épouses, dit la tradition du royaume, sont la source des Andriambolafotsy, Zafimbolafotsy ou Zafinifotsy, les « Princes de l’argent ». Même de père ou de mère d’ascendance roturière, tous leurs descendants forment le groupe maroseraña ou ampanjaka, ce qui, à défaut de la richesse, leur conférait prestige et privilèges funéraires. Quant aux groupes donneurs d’épouses à Andriandahifotsy, quoique devenus roturiers, ce sont des Grands, des vohitsy be aux nombreux privilèges.
S’il retrancha de la nouvelle construction des groupes anciens comme les Antanandro, qui quittèrent le pays, et, plus encore, les Antamby, il attira beaucoup de gens venant d’autres régions et dont il fit des groupes sakalava, les dotant de terres, de bœufs et d’une marque d’oreilles pour ceux-ci (sofin’aombe).
Le royaume d’Andriandahifotsy rassemble donc, en fait, les terres des groupes tompon-tany dont les chefs, devenus masondrano, conservent l’administration. Mais, en tant que souverain, c’était lui qui avait la responsabilité des relations avec les étrangers, non-sakalava de l’île et traitants d’outre-mer. S’assurant ainsi le monopole de l’achat des armes à feu, il en fit la base de sa puissance sur les régions voisines. Son long règne – déjà célèbre du temps de Flacourt, il mourut vers 1685 – laissa la place aux querelles et aux difficultés de ses successeurs. Le Menabe avait vécu son Grand Siècle. 

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