Merina

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgMerina

"le pays élevé sous le soleil"

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

 

Les Merina forment un peuple occupant la partie nord des hautes terres centrales de Madagascar, gravitant autour de la région d' Antananarivo. Le dialecte merina est une branche du malgache, une langue austronésienne faisant partie de la branche malayo-polynésienne.

Merina désigne également un royaume des hautes terres centrales à l'époque féodale malgache et dont les capitales furent successivement :
•    Ambohitrabiby aux XVIe siècle et XVIIe siècle (sous Ralambo),
•    Antananarivo au XVIIe siècle (d'Andrianjaka jusqu'à Andriamasinavalona),
•    Ambohimanga au XVIIIe siècle sous Andrianampoinimerina, et enfin :
•    Antananarivo aux XVIIIe et XIXe siècle d'Andrianampoinimerina à Ranavalona III] (aujourd'hui capitale de Madagascar).
L'actuel pays d'Imerina (anciennement Émyrne en français) est traditionnellement divisé en six grandes régions :
•    l'Avaradrano au centre et au Nord-Est d'Antananarivo la capitale;
•    Le Vakinisisaony à l'Est d'Antananarivo, jusqu'aux falaises de la Mandraka descendant vers les régions côtières;
•    Le Marovatana au Nord-Ouest-Ouest d'Antananarivo;
•    Le Vonizongo au Nord-Nord-Ouest d'Antananarivo, continuant au Bongolava jusqu'au Plateau de Tamponketsa;
•    L'Imamo à l'Ouest, depuis Arivonimamo, en passant par l'Itasy, jusqu' à la frontière de la tribu Sakalava;
•    Le Vakinankaratra ou Imerinatsimo, au Sud jusqu' au Nord du Fleuve Mania.
Etymologie du nom merina
Le nom du royaume merina fut formé à Ambohidrabiby par le roi Ralambo ce mot pourrait venir, selon certains spécialistes, de la racine pemerin qui signifie "gouvernement" ou "royaume" en vieux malais. On le retrouve dans le vieux malgache mpimerina -"gouverneur" et encore dans le malais et l'indonésien actuel : pemerin = gouvernance et pemerintan = dirigeants. Cependant, cette origine du mot "merina" est encore contestée par certains historiens malgaches, qui pensent y trouver d'autres origines. Ainsi, il existe plusieurs avis différents sur la vraie origine de ce mot.
Histoire des Merina
Le royaume merina : la période féodale (ca. 1600-1895)
L'avènement de la période "merina" allant du XVIIe à 1895 - correspondant à la naissance de la féodalité à Madagascar - fait suite à l'époque "néo-vazimba" sans qu'il y ait vraiment discontinuité entre les deux périodes.
L’unification du territoire "merina" commence au XVIe siècle avec le Chef de clan vazimba-hova Andriamanelo, héritier de sa mère, Rafohy. Son fils Ralambo (vers 1575-1600), par mariage avec la fille d'un chef de clan du Nord de la région hova d'origine orientale, Rabib (Rabiby), fonde le Royame de Imerina Roa Toko avec deux régions. Puis, le Roi Andriamasinavalona (vers 1675-1710) crée le Royaume de Imerina Efa-Toko avec quatre régions. Celle-ci ne devient cependant définitive qu’avec le Roi Andrianampoinimerina (1778-1810). Enfin, le Roi Radama Ier (1810-1828), fils et successeur de ce dernier, ambitionna de fonder un "Royaume de Madagascar" uni (Fanjakan' i Madagasikara), sans qu'il y soit entièrement parvenu.
AU XIXe siècle, le pays merina s’ouvre aux influences européennes et étend son contrôle sur tout Madagascar. C’est ce royaume merina agrandi qui se voit ainsi reconnu comme "royaume de Madagascar" par les puissances européennes au XIXe siècle, jusqu’au moment de l’établissement du pouvoir colonial à partir de 1896. La société merina subit de profondes transformations, en se modernisant, au cours de la même période grâce notamment au développement de l’enseignement, introduit par les missionnaires protestants britanniques. En 1869, avec la conversion de la Reine Ranavalona II (1868-1883), le christianisme devient la religion officielle du Royaume de Madagascar.
La fin du royaume merina
La colonisation française (1895-1960)
En 1895, durant l'attaque des colonisateurs français, le Premier ministre roturier Rainilaiarivony s'oppose à la décision de la Reine Ranavalona III (1883-1896) de faire un repli stratégique sur la ville de Fianarantsoa au Sud et fait lever le drapeau blanc sans le consentement de celle-ci. Ce qui provoque l'insurrection des Menalamba-"Toges rouges" qui prennent les armes pour lutter contre le régime colonial. Cette revendication est suivie après la première guerre mondiale par celle, plus pacifique, des "VVS" (Vy Vato Sakelika), puis par celle du parti politique M.D.R.M. ("Mouvement démocratique pour la rénovation malagache"), accusé par le régime colonial d'avoir été à l'origine de l'insurrection armée du 29 mars 1947. La terrible répression à l'encontre des membres du parti M.D.R.M. qui s'ensuivit affecta durablement le dynamisme politique anti-colonial.
L'"indépendance" post-coloniale (1960-aujourd'hui) : naissance de la "nation" malgache
La République malgache "indépendante" fut établie le 26 juin 1960, mais le pays continue dès lors d'être régi par le programme néo-colonial désormais officiellement connu sous le nom de la Françafrique.
Après quarante-neuf années de néo-colonialisme, l'île de Madagascar reste aujourd'hui empêtré dans une crise politique profonde et sa situation économique s'est gravement dégradée. L'île se trouve parmi les quarante nations les plus pauvres du monde (IDH, PNUD, 2010).
Civilisation
La civilisation merina, comme toutes celles de Madagascar, est essentiellement d'origine austronésienne. Ses fondements culturels sont intimement liés à ceux peuple du peuple Ntaolo Vazimba. Les apports culturels d'autres origines, en l'occurrence ceux issus du continent indien, africain et européen sont également constatable dans de nombreux aspects culturels. Cependant, dans le cas merina, l'influence orientale (Sud-Est asiatique surtout) est particulièrement prononcée.
Langue
La langue merina est une branche d'un grand arbre : la langue malgache. Commune aux habitants de toute l'île, le malgache est une langue austronésiennes du groupe barito de la branche malayo-polynésienne. Elle fut emmenée par les premiers Ntaolo. Au fur et à mesure que les différents clans Ntaolo se dispersèrent dans tout Madagascar, les variations de la langue originelle ont conduit aux différents dialectes parlés aujourd'hui. Le dialecte merina est aujourd'hui à la base du « malgache officiel » et, en tant que dialecte administratif, il est parlé par environ 10 millions de locuteurs, essentiellement urbains. Cependant, un merina passant un peu de temps dans une autre région de Madagascar n'aura pas de peine à parler le dialecte local et vice-versa, la grammaire et le vocabulaire de base étant communs, à des variations dialectales et phoniques près.
Economie
L'économie traditionnelle est dominée par la culture du riz. Les villages étaient souvent bâtis en hauteur et équipés de solides fortifications, constituées de fosses défensives de plusieurs rangées (hadivory) et des murailles (tamboho) pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur, fermées par d’énormes disques de pierre. Pour perpétuer les traditions ancestrales éventuellement sud-orientales, les habitations des nobles étaient en bois tandis que celles des gens du commun étaient en terre battue.
Structure de la société à l'époque féodale
La structure sociale connaissait une forte hiérarchisation, allant du roi (mpanjaka) au sommet jusqu’aux "esclaves" (andevo, litt. "personnel de maison") au bas de l'échelle sociale, en passant par les différentes catégories de nobles (andriana) et les gens du commun (hova). Les mariages étaient en principe endogamiques, les unions devant s’effectuer uniquement à l’intérieur de chaque grande caste : les Andriana avec les Andriana, en suivant certaines règles précises, les Hova entre eux et les Mainti-enindreny avec d’autres mainty. Les andevos, initialement toutes personnes avilies à ce statut après délits où créances impayées - et ce peut importe leur origine -, se mariaient également entre eux. Les villages étaient gérés de manière démocratique et jouissaient d'une large autonomie dans le cadre de l’institution du fokonolona, une sorte de commune se reposant sur une base clanique.
Le noyau traditionnel du peuple merina (initialement, les Merina-Ambaniandro) était constitué par les deux grandes classes sociales dites « Andriana » (nobles) et « Hova » (roturiers), établies par le Roi Ralambo au XVIe siècle. Les Andriana sont des rassembleurs et des bâtisseurs de royaume, comme le Roi Ralambo (vers 1757-1600) qui a créé le Royaume de lImerina Roa Toko, en rassemblant deux régions : Avaradrano et Vakinisisaony). Puis, le Roi Andriamasinavalona (1675-170) créa le Royaume de l'Imerina Efa-Toko en rassemblant quatre régions: Avaradrano, Vakinisisaony, Marovatana, et Vonizongo. Ensuite, le Roi Andrianampoinimerina (1778-1810) a créé le Royaume Eni-Toko en rassemblant six régions: Avaradrano, Vakinisisaony, Marovatana, Vonizongo, Imamo et Imerinatsimo ou Vakinankaratra. Puis, le Roi Radama 1er rassembla tous les royaumes de la Grande Ile et créa le Royaume de Madagascar ou Fanjakan' i Madagasikara.
Religion ancienne
La religion traditionnelle vazimba et merina (comme pour la majorité des malgaches) était monothéiste avec à son sommet le Créateur appelé Zanahary (dès l'époque vazimba et néo-vazimba) ou (plus tard, à partir de l'arrivée des hova néo-austronésiens) Andriana(na)hary ou Andriamanitra (rajout du préfixe Andriana apporté par les hova néo-austronésiens).
Le sacré ou masina tenait une place centrale dans tous les aspects de la vie sociale. Les hommages au souverain, assimilé à tort à une divinité, étaient qualifiés de fanasinana, "sacralisation" plutôt que de "sanctification".
Les vazimba-merina d'antan croyaient que l'esprit était l'essence même de l'être humain (Ny fanahy no olona). Ils pensaient aussi qu'après la mort, les esprits des défunts rejoignaient le monde des ancêtres, un monde parallèle localisé parfois sur une haute montagne. Ces esprits en rapport avec les êtres vivants (y compris parfois les animaux) étaient de plusieurs sortes, parmi lesquels les « doubles » (ambiroa, avelo), les « ombres » (tandindona) ou les « fantômes » (matoatoa).
Il y avait des prêtres spécifiques ou mpisorona aux cérémonies, mais il y avait aussi des shaman-guérisseurs (ombiasy) ou des astrologues (mpanandro) faisant office de spécialistes du sacré et des relations avec les « forces invisibles ». Ces derniers combattaient également les mpamosavy, considérés comme des sorciers maléfiques. En rapport avec le service de la royauté se développa ensuite tardivement le culte des sampy ou palladiums sacrés.
Les coutumes comprenaient et comprennent toujours la circoncision des jeunes garçons (entre 5 et 12 ans), coutume d'origine austronésienne (on la trouva chez les anciens Polynésiens) et/ou sémite et, pour les funérailles, la pratique du famadihana ou réinhumation périodique des restes mortuaires dans des caveaux mégalithiques collectifs (coutume que les merina ont en commun avec les Betsileo). Les activités sociales merina culminaient avec la célébration annuelle du Fandroana, à la fois fête du Bain sacré, de la sacralisation de la royauté, de la famille et du nouvel an.
Depuis la conversion de la reine Ranavalona II en 1868, une portion non négligeable du peuple merina est devenue chrétienne, souvent intéressée au début (rebik'omby). Nombre des anciennes croyances et pratiques traditionnelles continuent parfois à se perpétuer.
Musique
Le hira gasy ou vakodrazana synthétise toutes les formes musicales capitalisées par les Merina durant des millénaires. Les instruments de musique traditionnels des Merina comprenaient le valiha, le sodina (flûte, cf malais suling), le lokanga (sorte de violon), la guimbarde et différents types de tambour. Ces instruments n'étaient toutefois pas utilisés par les Merina spécifiquement, mais aussi par d'autres ethnies de l'île. Les Merina appréciaient beaucoup les poèmes qu'ils arrangaient sous forme de hain-teny, un genre littéraire que l'on retrouve également chez tous les autres peuples malayo-polynésiens. Avec l'arrivée des européens, les Merina ont adopté le piano et a cet effet, ils ont créé un style musical unique: le "ba gasy". C'est un style de musique chanté et accompagné exclusivement de piano.
Habillement
Du temps des Vazimba-Hova l'habillement était -comme pour tous les proto-austronésiens- végétal à base de chanvre (rongony). À l'époque féodale merina, du fait des nouveaux apports néo-austronésiens indonésiques, le peuple adopta la soie sauvage (landy be). 

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