Betsimisaraka

wikipedia.jpgdaddy-boky4.jpgBetsimisaraka

Robert ANDRIANTSOA (robertandriantsoa@yahoo.fr - dadaroby24@gmail.com)

 

 

Les Betsimisaraka sont un peuple de Madagascar, qui occupent la majeure partie du littoral oriental de l'île, depuis la région de Mananjary au sud, jusque dans celle d'Antalaha au nord. Comme les Sakalava de la côte ouest, les Betsimisaraka constituent un regroupement de plusieurs communautés que les circonstances historiques ont unifié à l'intérieur d'une même dénomination. Ce regroupement a été qualifié de confédération, dans la mesure où il ne se réalise pas dans le but d'élire un seul et même homme à sa tête, mais de créer des alliances économiques et politiques entre les différentes communautés qui la composent. Ces alliances sont nécessaires au bon fonctionnement de ces sociétés car le contexte de cette région au XVIIIe siècle, façonné par des échanges commerciaux importants entre européens et malgaches, pouvait déstabiliser leurs organisations.
Au XVIIIe siècle, Madagascar a de nombreux contacts et échanges avec les étrangers, principalement sur la côte nord-ouest et la côte orientale de l'île. Cette économie concerne divers produits comme le riz, le bétail, les écailles de tortues, et autres, mais elle se concentre principalement sur le commerce d'individus. C'est au XVIIIe siècle que la traite esclavagiste prend son véritable essor, principalement impulsée par la demande de main d'œuvre croissante des nouvelles colonies, pour travailler dans les plantations. Pour autant il faut savoir que la traite des hommes existent depuis plusieurs siècles; depuis les premières migrations austronésiennes et africaines, entretenus ensuite par les musulmans de la côte est africaine et poursuivis par les européens dès le XVIe siècle empruntant la route des Indes. Ils faisaient escale à Madagascar pour se ravitailler, se reposer et par la même occasion emmener des hommes à bord, qui sont ensuite revendus ou gardés par les équipages. Il faut prendre en compte que le contact avec les étrangers est déstabilisant car il est de nature purement économique. C'est-à-dire que les traitants européens (soit les négriers, soit les marchands en général) n'hésitaient pas à créer des tensions et même des conflits entre les différentes communautés, afin qu'ils se fassent la guerre, fassent des captifs, pour leur être ensuite revendus; il n'intervient ici aucune humanité. La demande d'esclaves étant en pleine expansion au XVIIIe siècle, elle menace les sociétés malgaches et provoque de nombreuses tensions entre les différentes communautés du pays. Les communautés en sont déstabilisées et divisées au moment où les structures politiques se morcellent peu à peu, c'est-à-dire à partir de la fin du règne de Ratsimilaho.
Ratsimilaho est un chef malata (mulâtre) qui a réussi rallier les communautés de la majeure partie de la côte est de Madagascar, sous une même dénomination: Betsimisaraka, c'est-à-dire ceux qui ne se séparent jamais, ceux qui restent solidaires. Ce ralliement va permettre de pouvoir faire face et gérer les échanges avec les européens, sans qu'ils ne perturbent complètement ces populations.
Histoire
Une origine austronésienne commune à toute l'île : les Vahoaka Ntaolo : Vazimba et Vezo (350 av J.-C. 1500)

Village du sud de Sumatra en Indonésie. Les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle de levu sur pilotis (*levu-"maisons" en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -"à la maison") aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.)
Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiques 1, génétiques2, linguistiques 3 et historiques 4 - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésien 5. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoé à balancier (waka) au début de notre ère - voire 300 ans avant selon les archéologues6 -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *(n)ta(u/w) - *olo - "les hommes d'avant", "les "anciens", de *(n)ta(u/w)-"hommes" et *olo- "premier", "origine", "début", "tête" en proto-Malayo-Polynésien (MP)7). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de Va-*waka "peuple/ceux des canoés" ou "peuple de la mer", de *waka-"canoé (à balancier)" en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le "peuple" en malgache.
Sur le plan du phénotype, cette origine sud-est asiatique première des Malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le "pli épicanthal" asiatique de la paupière supérieure, répandu chez les Malgaches, qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.
Ces vahoaka ntaolo ("peuple d'origine/premier") austronésiens sont à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île8, ainsi que de tout le fonds culturel malgache commun : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur piloti), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la "danse des oiseaux" que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)9.

Au tout début du peuplement appelée "période paléomalgache", les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-"ceux de la forêt", de *yimba-"forêt" en proto Sud-Est Barito (SEB), aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais10) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, "ceux de la côte" en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais11) qui restèrent sur la côte Ouest.
Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir "dans la forêt", notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-Est12, tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)13.
La période féodale malgache : naissance des grands royaumes (1600-1895)
Dès la fin du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale. Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du XVIe qui conduiront à l'époque féodale malgache.
Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen orientaux et africains donnèrent naissance aux ethnies et/ou royaumes Antakarana, Boina, Menabe et Vezo (Côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antanala, Betsimisaraka (Côte Est).
A l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des ethnies et/ou royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.
La naissance des ces grands royaumes "néo-Vazimba"/"néo-Vezo" modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des Ntaolo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions.
Le commerce de traite et la création de la confédération Betsimisaraka au XVIIIe siècle
Le commerce de traite
Jusqu'au début du XVIIIe siècle, les peuples qui constituent le noyau du groupe betsimisaraka se dénomment respectivement, Antatsimo les communautés du Sud de la région, Varimo celles du Centre et Antavaratra celle du Nord. Chacun de ces peuples possédait ses propres particularités culturelles et linguistiques, si bien qu'ils pouvaient entrer en conflit. Justement, ces hostilités ont été encouragées par les traitants européens (négriers, marchands, gouverneurs de colonies comme celle de l'île de France...), dont le nombre augmenta de façon croissante entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.
Ils fréquentaient la région pour acheter essentiellement des esclaves, du riz et du bétail, en échange d'armes, de verroteries, étoffes et autres. Ce commerce permettaient à certains de se ravitailler, et à d'autres de se procurer une main d'œuvre servile pour leurs plantations, comme celles de la colonie française d'île de France, aujourd'hui La Réunion. Ajoutons qu'au XVIIIe siècle les marchands qui fréquentent les côtes malgaches sont essentiellement français, bien qu'il y ait encore des Anglais, des Hollandais et des Portugais qui la fréquentent, mais dans une bien moindre mesure. Les principaux lieux de mouillage et d'échanges étaient la Baie d'Antongil, Sainte-Marie, Foulpointe, Tamatave, Fénérive, Mahambo et Mananara.
Entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle, les étrangers qui ont débarqués sur les côtes de Madagascar ne se sont jamais installés à proprement dit et n'ont tenté aucune intégration, une seule exception à la règle sont les pirates.
La piraterie
Entre les années 1680 et 1710 la piraterie s'installe sur la côte orientale de l'île dans le nord est, entre Tamatave et Vohémar, passant par la Baie d'Antongil, Foulpointe et Sainte Marie. Ce point d'ancrage permettait aux pirates non seulement d'être stratégiquement bien placé pour contrôler les navires passant par la route des Indes, mais aussi de pouvoir se ravitailler en abondance et faire escale. Dans l'ensemble, les pirates entretenaient de bonnes relations avec les populations locales même s'il y avait bien entendu des coalitions d'intérêts et donc des conflits. Ils s'installaient la plupart du temps avec des femmes malgaches, avec qui ils donnaient naissance à de nouveau-nés. Ces mulâtres ont constitués un nouveau groupe d'individus parmi les autres communautés malgaches, appelés malata ou zana-malata (« mulâtres » ou « descendants de mûlatres »).
Hubert Deschamps dans Histoire de Madagascar paru en 1972, suppose que les pirates n'entretenaient pas vraiment de bonnes relations avec les populations locales car ils étaient trop rudes et étalaient trop leurs richesses; il appuie cette hypothèse avec la destruction et le pillage de Libertalia - un gouvernement dit républicain que l'on peut qualifier d'égalitaire, où les pirates et les malgaches vivaient ensemble à Diego-Suarez. Dans l'ensemble, les chercheurs pensent que les pirates entretenaient de bons contacts avec les populations, comme Filliot dans La traite des esclaves vers les Mascareignes au XVIIIe siècle paru en 1974, Guillaume Grandidier dans Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, Histoire politique et coloniale, vol V, t. III, fascicule 1 paru en 1958, ou encore Yvette Sylla, dans son article Les malata: cohésion et disparité d'un groupe paru dans "Omaly sy Anio" en 1985-86, qui suppose le contraire, et leur accorde même une position influente au sein des communautés locales. Les pirates étaient alliés aux chefs locaux qui les consultaient de temps à autres pour s'attirer leur sympathie et éventuellement leurs bonnes grâces. Le sens de la hiérarchie, l'autorité stricte et l'esprit de solidarité des pirates peut permettre de comprendre, selon Yvette Sylla, la bienveillance des malgaches à leur égard et la réussite de leurs intégrations. Ils étaient aussi très certainement plus respectueux que les traitants européens, car leur démarche n'était pas la même dès le départ, ni les buts de leurs échanges avec les locaux. Les pirates s'intéressaient plus sincèrement aux malgaches, en essayant d'apprendre leurs langues, leurs coutumes, en mangeant comme eux, et en se mélangeant à eux. Ils créaient des alliances matrimoniales avec les peuples, créaient des coalitions d'intérêts avec les chefs locaux et quelque fois ils intervenaient dans les relations inter-communautaires, parfois conflictuelles.
Ratsimilaho, le fondateur de la confédération betsimisaraka était l'un de ces malata; son père - Tom Tew pour Guillaume Grandidier, qui effectua ses recherches à la fin du XIXe, et Thomas White, selon E.G Mangalaza et Filliot, chercheurs du XXe siècle - était un pirate d'origine anglaise; il s'est marié en 1695 avec Rahena, une princesse Anteva de la famille de Zafindramisoa, originaire de Foulpointe; tous deux eurent pour enfant le futur filohabe (grand chef) Ratsimilaho, appelé sous son règne Ramaromanompo.
La création de la confédération betsimisaraka
Entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, les Antatsimo et les Antavaratra étaient en situation conflictuelle pour le contrôle des centres de commerce. Ratsimilaho, étant un Antavaratra et un malata, réussit vers 1710 à s'imposer à la tête des peuples du nord, après avoir repoussé une invasion conjointe de communautés du Sud, les Tsikoa et les Anteva, conduite par le puissant chef Ramanano.
En effet, les populations qui habitaient entre l'Irangy et Manampontany (région betsimisaraka au sud de Tamatave) se sont unis sous le chef Ramanano, dans le but de partir à la conquête de Tamatave, Fénérive, Foulpointe et Sainte Marie, pour contrôler les principaux centres commerciaux avec les étrangers; ils prirent à cette occasion le nom de tsikoa, qui veut dire "qu'on ne renverse pas". Ces hommes réussirent à se procurer des armes, de la poudre, des balles.. nécessaires pour se battre, et aussi pour résister aux alliés de Ratsimilaho, qui en possédaient aussi. Par contre il faut préciser que l'usage des armes n'était pas factice, l'arme à feu avait une réelle portée symbolique de force et de pouvoir, c'est-à-dire qu'elles ne servaient pas à faire couler le sang mais à impressionner. Finalement, Ratsimilaho réussit à battre Ramanano, et à la suite de cette dernière confrontation les hommes de ce chef furent appelés betanimena, "qui sont couverts de terre rouge", un terme qui resta jusqu'aujourd'hui pour désigner les populations betsimisaraka du sud (de Mananjary à Tamatave).
Pour autant qu'ils aient été battus par Ratsimilaho, les Betanimena continuèrent à résister, poussant ainsi Ratsimilaho à se renforcer en s'alliant à d'autres communautés. Ainsi, il prit pour femme la fille d'un grand chef Sakalava, et lui demanda ensuite de combattre avec lui les Betanimena. Poursuivant la guerre, tout en menant une habile politique d'union avec différents partenaires, Ratsimilaho finit par soumettre sous son autorité la majeure partie du littoral oriental dont il regroupa les peuples à l'intérieur d'une grande confédération dénommée betsimisaraka, litt. « les nombreux qui ne se séparent pas ». Cette guerre dura longtemps, et selon Alfred Grandidier elle aurait été "l'une des plus longues et plus meurtrières et la plus féconde en évènements" de la côte orientale de Madagascar.
Cependant, après la disparition de Ratsimilaho au milieu du XVIIIe siècle, son royaume à l'unité finalement bien factice retrouva peu à peu son état de morcellement entre les différents chefs locaux, parmi lesquels les plus puissants étaient les Malata qui rivalisaient entre eux. Ceci explique la facilité de la conquête de la région par les armées de Radama Ier à partir de 1817. Depuis lors, jusqu'au moment de la colonisation française, les Merina réussirent à y maintenir leur autorité.
Le règne de Ratsimilaho
Le nom de Betsimisaraka, "les nombreux à jamais unis, les nombreux inséparables" qui désigne les trois grandes communautés habitant entre Sambava et Mananara, a été donné au cours de la fameuse cérémonie où Ratsimilaho s'est allié avec les chefferies du Nord, les Antavaratra . Cette stratégie politique s'étendit ensuite aux populations Antatsimo du Sud (les Varimo, Tsitambala, Tsikoa, Betanimena). E.G. Mangalaza, dans Vie et mort chez les betsimisaraka publié en 1998 chez l'Harmattan, précise que Ratsimilaho a été un "filohabe" (un grand chef), et non un roi à proprement dit. C'est précisément pour ça que l'on parle de confédération Betsimisaraka et non de royaume Betsimisaraka.
Malgré tout, ce filohabe a su donner à sa région la structure et l'organisation solidaire qui lui fallait pour qu'elle puisse être une zone relativement prospère sur le plan commercial et agricole. En effet, sur le plan économique il libéralisa le commerce en ouvrant les ports betsimisaraka aux traitants étrangers, aux malata ou aux indigènes, favorisant ainsi les initiatives personnelles. Il encouragea la production de riz pour pouvoir exporter des surplus vers les Mascareignes. Sur le plan social, il essaya de mélanger les diverses communautés pour créer une véritable union et ouvrir le commerce aux gens du sud comme du nord, en donnant des terres à des Antatsimo vers Tamatave, Foulpointe, Fénérive, délaissées par les locaux. Il avait donc des ambitions politiques, économiques et sociales sur le long terme, espérant que ses descendants continuent à les porter et les perpétrer. Malheureusement, ils ne réussirent pas à maintenir une cohésion sociale au sein de la confédération; deux exemples sont relatés par E.G. Mangalaza dans Vie et mort chez les Betsimisaraka.
Tout d'abord le cas de Bety sa fille, qui donna Sainte-Marie aux français avant de reprendre ses esprits et redonner cette île à son frère Zanahary en 1757, après 7 années d'hésitation qui ont provoqué des représailles dans le camp comme de l'autre. Il y a aussi le cas de Juvy et Zakavola qui affaiblirent la popularité des malata de Foulpointe et Fénérive, en conduisant des expéditions pour razzier les Sihanaka et les Bezanozano. Notons que ces conflits ont été beaucoup encouragés par la compétition qui se jouait d'une part entre les communautés malgaches pour le commerce avec les étrangers, et d'autre part celle entre Français et Anglais pour le monopole commercial à Madagascar, qui ne fit qu'envenimer leurs relations et ainsi diviser les Betsimisaraka.
Organisation de la société Betsimisaraka
Le pays Betsimisaraka s'étend sur environ 72 000 km2 pour une population approximative de 1 million et demi d'habitant qui sont répartis sur 15 chefs lieux. Les Betsimisaraka sont sédentaires et sont pour la plupart des agriculteurs et des pêcheurs. Ils sont organisés selon un système de chefferies que l'on appelle tanky, découpé d'Est en Ouest et inversement. Elles exercent une autorité, vaky tany, sur le territoire préalablement limité et sur les populations qui y sont installées. Les chefferies regroupent plusieurs lignages, fehitry, unis par un tombeau principal appelé lônjobe. Ces lignages peuvent se segmenter en plusieurs sous-lignages que l'on appelle taranaka, tout comme le tombeau qui peut se subdivisé en plusieurs tombeaux secondaires tranomanara - ils regroupent dans l'ensemble entre 700 et 1 500 personnes.
Dans chaque chefferie, chaque groupe lignager se dit "maître de la terre", soit tompin-tany ou tompon-tany, qui se concrétise avec un pacte conclu entre les membres d'un même lignage, les hommes de la chefferie et leur environnement. Ils sont mis en œuvre par des interdits fady que tout le groupe s'engage à respecter; par exemple il est fady de travailler la terre le Mardi. Chaque groupe lignager est protégé par un talisman vôlohazo, dont le seul détenteur est le chef du lignage filoha car lui seul a conclu un pacte avec "les esprits de la vallée". Le pouvoir du chef est incarné par une "expression collective" du "collège des anciens lohandriana" et le "pouvoir spirituel qu'il peut recevoir des ancêtres". Cette expression collective se réalise concrètement lorsque par exemple une décision ou un évènement important est en jeu et que le chef fait réunir le conseil jery.
C - Du Roi Ratsimilaho, fils de pirate anglais, à sa fille Béti qui céda aux Français l’île Sainte-Marie…
Nous sommes au début du XVIIIe siècle, Ratsimilaho, fils métis du pirate anglais Tom Tew, fonde, sur la côte est, le royaume des Betsimisaraka (« les nombreux inséparables »). Suivirent alors le règne de plusieurs souverains. Apparaissent, les guerres, les réconciliations… Royaumes, groupements et/ou régions se font et se défont… L’île Sainte-Marie fut cédée par Béti, la fille de Ratsimilaho, à la France, illustration de la persistance des visées françaises sur la grande île, écrit-on… Toute une histoire !
1675 (?)-1710 (?) : règne d’Andriamasinavalona, qui laisse le souvenir d’un des plus grands rois de l’Imerina. Il agrandit le royaume et réorganise son administration, en le partageant en quatre grandes régions. Mais il a mis à la tête de chacune d’elles l’un de ses fils. Dès avant la mort du roi, la partition du royaume se dessine, et au XVIIIe siècle, l’Imerina est divisé en quatre royaumes qui se combattent et sont victimes des razzias des voisins, Sakalava et Sihanaka.
XVIIIe siècle : Andriamanetriarivo s’efforce de consolider le Royaume du Menabe. Andriamanalimbe étend le Royaume de l’Isandra à l’Est. Prospérité de l’Isandra. Des Sakalava, Zafimbolafotsy, émigre en pays Tsimihety.
1710 : Mort d’Andriamandisoarivo. Mort d’Andriamasinavalona. Guerres civiles en Imerina jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Raonimanalina réforme l’administration et développe l’armée et le commerce dans le Lalangina. Guerres presque permanentes entre les Mahafaly et leurs voisins Sakalava et Antandroy. Les successeurs d’Andriamanetriarivo développent le système féodal. L’Anosy est partagé entre de nombreux chefs locaux. Captivité de Drury en Anosy. Le Roi Antesaka Andriamarolo s’empare de Vangaindrano. Ramanano Filohabe des Betsimisaraka du Sud ouvre les hostilités contre les Betsimisaraka du Nord, et s’empare de Fenerivo. Ramaromanompo est nommé Commandant en Chef des Betsimisaraka du Nord et forme le projet de confédérer les Betsimisaraka. Victoire de Ramaromanompo à Fenerivo et à Vohimasina. Campagne de Ramaromanompo chez les Betsimisaraka du Sud. Les Mahamasinandriana renversent Andrianonifoloalina et le remplacent par son frère. Andrianonindranarivo dans la Lalangina. Andrianihevanarivo, du Menabe, oblige Andriantsirotso de Tankarana à abandonner son Royaume… Andrianonindranarivo rétablit les privilèges des Mahamasinandriana et accroît la prospérité et le prestige du Lalangina.
Au cours du XVIIIe siècle : d’autres groupements malgaches manifestent leur cohésion : les quatre royaumes Betsileo, au sud de l’Imerina ; l’Imamo et le Vakinankaratra, deux royaumes d’origine Hova, à l’ouest et au sud du pays Merina ; les Tsimihety (dont le nom – « ceux qui ne se coupent pas les cheveux » - atteste peut-être le goût de la liberté), installés au nord-est de l’île.
1750 : La cession de l’île Sainte-Marie à la France (par la reine Béti, fille de Ratsimilaho) souligne la persistance des visées françaises sur la grande île.
1751 : Mort de Ramaromaompo… Le système féodal entraîne la dislocation et l’affaiblissement du Royaume du Boina.
1767 : Zanahary, successeur de Ramaromanompo, est assassiné par ses sujets. Lamboina règne sur le pays Tankarana.
Au nord de Tamatave
 Les « Zana-Malata »
Les zana-malata sont les enfants métis des pirates et négriers occidentaux qui écumaient la côte est et des filles de chefs locaux. Les plus célèbres de ces « descendants de mulâtres » sont Ratsimilaho, fils du pirate anglais Thomas White et fondateur du premier royaume betsimisaraka, et Jean René.
Fils d’un commis de la Compagnie française des Indes orientales, Jean René se proclama roi de Mahavelona et de Toamasina en 1811 et chassa les zana-malata. En 1817, il accepta la suzeraineté de Radama 1er pour conserver le pouvoir local et l’aida à conquérir le Sud-Est. Par la suite, il défendit victorieusement le fort de Mahavelona contre les Français et les Anglais.
 La Vallée de l’Ivoloina
Jardin Botanique de l’Ivoloina (13 km de Toamasina par une piste qui s’embranche sur la RN5 pour rejoindre la côte)
La vallée de l’Ivoloina est livrée aux cultures vivrières.
Le jardin botanique, aménagé près du fleuve, présente une collection très complète de végétaux endémiques de la région. Le zoo attenant abrite des tortues, des caméléons, des serpents et des lémuriens de la côte est.
Le roi Jean René repose sur le plateau de Manahoro, éminense dominant la plaine de Toamasina et l’embouchure de l’Ivoloina.    
 Nécropole de Fasandiana (30km de Toamasina, RN5)
A Fasandiana (fasana veut dire « tombeau »), les bâtisses en bois de ravinala dressées sur la belle plage, à droite de la route, abritent des sépultures temporaires de pêcheurs betsimisaraka. Les cercueils – faits de pirogues renversées – pointent vers l’océan, immensité mystérieuse d’où sont, un jour, venus les ancêtres.
 Station Forestière de Betampona (55 Km au nord-ouest de Toamasina via Sahandahatra et Ambodiriana).
Cette station desservie par une piste saisonnière est le laboratoire d’un vaste projet de la Banque mondiale visant à associer la population à la protection de l’environnement (endiguer la déforestation, par la modification des pratiques agricoles, notamment).
 Mahavelona (Foulpointe)
Si les requins en maraude découragent toute baignade à Toamasina, les plages ivoirines de Mahavelona – à 60 km au nord sur la RN5 – et les eaux turquoise de son lagon en ont tôt fait une villégiature balnéaire.
Selon la tradition orale, ce bourg tire son nom malgache, «qui donne la vie » d’une mare dans laquelle un défunt plongé pour les besoins de sa toilette mortuaire serait ressorti bien vivant.
Au XVIIIè siècle, les Français y établirent un comptoir qu’ils baptisèrent Foulpointe – de Hopeful Point, nom donné au site par le pirate anglais Thomas White.    
 Fort Manda
Cette citadelle merina dont les vestiges gardent l’entrée nord de la ville, fut élevée en 1822-1831. C’est l’un des cinq forts construits par Radama 1er pour affirmer sa souveraineté sur la côte orientale face aux Français et aux Anglais.
Une enceinte circulaire haute de 6 m et épaisse de 4m à sa base, doublée d’un profond fossé protégeait les quatre bâtiments du Manda – résidence des officiers, caserne de la troupe, arsenal et prison.
Comme à Ambohimanga, on utilisa un ciment à base de sable, de corail pilé, et de blanc d’œuf pour jointoyer les pierres. Le fort fut armé de mortiers de fabrication anglaise, puis de canons coulés par Jean Laborde à Mantasoa.
Désaffecté après 1898, il devint un repaire de brigands, puis une base de repli pour les indépendantistes et leurs familles lors de l’insurrection de 1947. Peu à peu démantelé pour les besoins de la construction locale, notamment celle de la RN5 dans les années 1950, ce monument historique est classé depuis 1975.
 Cimetière de Mahavelona
Une atmosphère romanesque nimbe ce vieux cimetière peu à peu reconquis par la végétation dans lequel sont enterrés forbans, négriers et autres aventuriers des XVIIè-XIXè siècle. L’une des sépultures les plus visitées est celle de Couillandeau de la Touche, chirurgien du roi de France, mort à Mahavelona en 1766.
 Mahambo
A 95 km de Tomasina, ce village représentatif de la côte est, avec ses maisons en bois et feuilles de ravinala, se cache au fond d’une baie bordée de forêts touffues et fermée par un lagon.
Promenade en forêt, baignade, plongée en apnée aux abords de la barrière de corail, sortie en pirogue avec les pêcheurs betsimisaraka ou farniente….. Les tentations ne marquent pas !
Mahambo est aussi le rendez-vous des surfeurs. Comme Mahavelona, le site fut doté d’un fort merina, mais il n’en reste que des pierres éparses.
 Fenoarivo Atsinanana ( Fénérive-est, 105 km de Toamasina)
Ce chef-lieu de préfecture cerné d’immenses plantations de caféiers, de girofliers et de litchis est l’un des principaux foyers agricoles de la région.
C’est à Fenoarivo (« qui dépasse le millier) que Ratsimilaho se proclama roi des Betsimisaraka en 1712 après avoir chassé Ramanana et ses hommes de la colline fortifiée de Vohimasina.
Sur cette hauteur, à 2 km au sud-ouest, on peut encore voir les vestiges d’un fort érigé par Radama 1er dans les années 1820.
 Soanierana-Ivongo (58 km de Fenoarivo).
De ce village de pêcheurs, on peut embarquer pour NOSY Boraha (Sainte-Marie262) ou remonter le Marimbona en pirogue, sous un beau couvert forestier.
 Mythe Betsimisaraka
D’après la tradition, Tovo, le premier homme, déroba le riz au Ciel avec la complicité de Noro, fille cadette de Dieu qu’il avait séduite.
A l’insu de son père, Noro gava une oie de paddy et révéla à l’élu de son cœur comment cultiver le riz de marais, ou riz pluvial (vary horaka), et le préparer.
C’est pour punir les humains de leur impudence, conclut le mythe, que Dieu ordonna aux sangliers, aux rats et aux oiseaux de venir régulièrement saccager les rizières.
 Nosy Akoho (Nosy Ilaintsambo)
Ancien repaire de pirates ancré à quelques encablures du fort de Vohimasina, l’ « île Poule » est un lieu sacré pour les descendants des zana-malata.
Selon la tradition orale, cette île abrite les tombeaux du roi Ratsimilaho et des siens.
Les Betsimisaraka viennent en pirogue honorer ces valeureux ancêtres et se recueillir sur le lieu où l’on préparait jadis les festins royaux dans d’énormes marmites en fonte comme celle qui est exposée dans les jardins de la préfecture, à Fenoarivo.

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